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Edito :
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Ce site se veut une approche de la poésie satyrique du début du XVII siécle, et essaie de rendre compte de manière plus générale de la Satire Classique au XVI et XVII siécle.
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L'ART
POETIQUE FRANCOIS,
Ou l'on peut remarquer
la perfection et le defaut des anciennes et des modernes poësies.
Livre
II v.697-820
Les bons esprits
d'alors, afin que depiteux,
Ils peussent mieux taxer les vices plus
honteux
Ils mettoient en avant ces Satyres
rustiques :
Qui sont Dieux ehontez, impudens
fantastiques,
Qui les fautes nommoient et le nom des
absents,
Et les forfaits secrets quelque fois des
presents,
Telle estoit des Gregeois la Satyre
premiere :
Lucile à Rome mist la nouvelle en lumiere.
Et celuy qui premier debatit au passé,
Par un Tragicque vers, pour le bouc barbassé,
Ce fut mesme celuy qui le cornu Satyre,
Sauvage pied-de-Bouc, nous descouvrit pour
rire :
Qui severe gardant, la meure gravité,
Entremesloit le rire et la simplicité :
Afin de retarder, par nouveauté plaisante,
Et par riants attraits, la troupe
regardante,
Quand le peuple sortoit joyeux et desbauché
Apres le sacrifice et le jeu despeché.
Et comme nos François les
premiers en Provence
Du Sonnet amoureux, chanterent l'excelence
D'avant l'Italien, ils ont aussi chantez
Les Satyres qu'alors ils nommoient
Syrventez,
Ou Sylventois, un nom qui des sylves
Romaines
A pris son origine en nos forests
lointaines :
Et de Rome fuyant les chemins perilleux,
Premier en Gaule vient le Satyre railleux,
Depuis le Coc-à l'asne, à
ces vers succederent,
Qui les Rimeurs François trop long temps
possederent,
Dont Marot eut l'honneur. Aujourd'huy
toutefois,
Le Satyre latin s'en vient estre François
;
Si parmi les travaux de l'estude sacree,
Se plaire en la Satyre à Desportes agree :
Et si le grand Ronsard de France l'Apolon
Veut poindre nos forfaits de son vif
eguillon.
Si Doublet, (animé de Jumel qui preside,
Sçavant au Parlement de notre gent
Druide,)
Met ses beaus vers au jour, nous
enseignants moraux
Soit en dueil, soit en roye, à se porter
egaux :
Et si mes vers gaillards, suivant la
vieille race,
Du piquant Aquinois et du mordant Horace,
Ne me deçoivent point, par l'humeur
remontreux
Qu'un Satyreau follet soufla d'un Chesne
creux.
Mais rendre il faut si bien les
Satyres affables,
Mocqueurs, poignants et doux, en contes
variables,
Et mesler tellement le mot facetieux,
Avec le raillement d'un point sentencieux,
Qu'egalle en soit par tout la façon
rioteuse :
Qu'agréable on rendre d'une langue
conteuse,
Sautant de fable en autre, avec un tel
devis
Qu'on fait quand privément chacun dit son
advis
D'un fait qui se presente : en langue
Ausonienne
On apelle Sermon, cette mode ancienne.
Horace a soubs ce nom ses Satyres compris,
Nos Sermoneurs preschant aussi l'ont mis en
prix.
Et si tu fais parler quelques Nimphes divines,
Des Dieux ou des Heros avec leurs Heroines,
Accoustrez bravement de pompes convoiteux,
Qu’apres on ne les voye, et bouffons et boiteux,
Suivre par leur discours la vulgaire maniere
De ceux qui vont hantant l’escole taverniere :
De sorte que pensant bas là terre eviter,
On le voye haut au ciel mal à propos monter,
Et peu digne Tragicque estendre a la vollee
Une parole basse et puis une empoullee.
Suivant un dous moyen subtil faut joindre l’Art
Avecques la sornette et le grave brocart :
Et mesme faire encor que l’ami ne se fache,
Quand d’un vice commun à chacun on l’attache.
Comme la Dame honneste aux Dimenches chommez
Se trouve quelquefois aux banquets d’elle aimez,
Ou contrainte à danser, ne laisse bien modeste,
De courtoise montrer un grave et joyeux geste :
Ainsi doit la Satyre, en sornettes riant,
La douce gravité n’aller point oubliant :
Estant et de plaisir et d’honnesteté pleine,
Comme la belle Grecque et la chaste Romaine.
Ainsi void on souvent la joyeuse beauté,
Conjointe chastement avec la loyauté.
Des mots dous et friants il ne faut point dire
Ni ceux qui font trop lours en faisant la Satyre,
Les communs sont les bons, dehors du rond compas
Du tragicque, du tout je ne sortiray pas :
Mais je mettray tousjours une grande difference
Alors que Zani parle avec quelque apparence :
Ou Pite ayant Simon de son argent mouché :
Ou bien quand de Bacchus un Sylene embouché,
Je ferai discourir. D’une chose vulgaire
Et commune à chacun, mon vers je pourray faire,
D’une facilité si douce l’a traitant
Que chacun pensera pouvoir en faire autant :
De sorte qu’il dira que mes vers et la prose,
En discours familiers sont une mesme chose,
Que chacun parle ainsi, qu’on ne craint le malheur
De voir friper ces vers pour leur peu de valeur :
Mais s’il vient pour en faire à l’envi de semblables,
Il verra qu’aisement il ne sont imitables :
Tant bien l’ordre, le sens, et le vers se joindront,
Et le langage bas et commun ils tiendront :
Et tant d’honneur advient et de bonne fortune,
Au sujet que l’on prend d’une chose commune.
Selon mon jugement ces Faunes fron-cornus,
Qui des noires forests aux villes sont venus,
Ainsi qu s’ils estoient aux citez dans les rues,
Aux Palais aux marchez des villes plus courues,
Comme jeunes muguets n’useront affettez
Du parler de la ville ou d’ordes saletez,
Et ne vomiront point d’une maniere sote
Un propos indiscret, une injure ou riote,
Les riches et les grands s’en tiendroient offensez :
Et bien que des bouffons il se rencontre assez,
Et tels marchants louans cette façon bouffonne,
Si nacquerront ils point des sages la courrone.
En Satyre tu n’as en Grec autheur certain :
Suy doncques la façon du Lyrique Romain ;
De Juvenal, de Perse, et l’artifice brusque
Que suit le Ferrarois en la Satyre Etrusque :
Remarque du Bellay ; mais ne l’imite pas :
Suy, comme il a suivi, la marque des vieux pas,
Meslant sous un dous pleur entremeslé de rire,
Les joyeus eguillons de l’aigrette Satyre :
Et raporte un butin de Latin et Gregeois,
Ainsi comme il a fait au langage François.
Et jeune ne suy pas ces Damerets Poëtes,
Qui larrons ne sont rien que Singes et Chöettes.
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Notes d'A.P.
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