|
Tite-Live
nous livre une version unique de l'origine du Théâtre à Rome : une version
assez peu prise en compte par les Humanistes du XVI ° siècle qui réfléchirent
sur l'origine de la Satire, une version qui coupe toute influence grecque, et
donc ne permet pas d'affilier la Satura latine au Drame Satyrique grec.
Extrait : Histoire
romaine, VII, 2. Traduction de MM. CORPET - VERGER et E. PESSONNEAUX
Et
hoc et insequenti anno C- Sulpicio Petico C- Licinio Stolone consulibus
pestilentia fuit. Eo nihil dignum memoria actum, nisi quod pacis deum
exposcendae causa tertio tum post conditam urbem lectisternium fuit. Et
cum uis morbi nec humanis consiliis nec ope diuina leuaretur, uictis
superstitione animis ludi quoque scenici, noua res bellicoso populo -
nam circi modo spectaculum fuerat - inter alia caelestis irae placamina
instituti dicuntur; ceterum parua quoque, ut ferme principia omnia, et
ea ipsa peregrina res fuit. Sine carmine ullo, sine imitandorum carminum
actu ludiones ex Etruria acciti, ad tibicinis modos saltantes, haud
indecoros motus more Tusco dabant. Imitari deinde eos iuuentus, simul
inconditis inter se iocularia fundentes uersibus, coepere; nec absoni a
uoce motus erant. Accepta itaque res saepiusque usurpando excitata.
Vernaculis artificibus, quia ister Tusco uerbo ludio uocabatur, nomen
histrionibus inditum; qui non, sicut ante, Fescennino uersu similem
incompositum temere ac rudem alternis iaciebant sed impletas modis
saturas descripto iam ad tibicinem cantu motuque congruenti peragebant.
Liuius post aliquot annis, qui ab saturis ausus est primus argumento
fabulam serere, idem scilicet - id quod omnes tum erant - suorum
carminum actor, dicitur, cum saepius reuocatus uocem obtudisset, uenia
petita puerum ad canendum ante tibicinem cum statuisset, canticum egisse
aliquanto magis uigente motu quia nihil uocis usus impediebat. Inde ad
manum cantari histrionibus coeptum diuerbiaque tantum ipsorum uoci
relicta. Postquam lege hac fabularum ab risu ac soluto ioco res
auocabatur et ludus in artem paulatim uerterat, iuuentus histrionibus
fabellarum actu relicto ipsa inter se more antiquo ridicula intexta
uersibus iactitare coepit; unde exorta quae exodia postea appellata
consertaque fabellis potissimum Atellanis sunt; quod genus ludorum ab
Oscis acceptum tenuit iuuentus nec ab histrionibus pollui passa est; eo
institutum manet, ut actores Atellanarum nec tribu moueantur et
stipendia, tamquam expertes artis ludicrae, faciant. Inter aliarum parua
principia rerum ludorum quoque prima origo ponenda uisa est, ut
appareret quam ab sano initio res in hanc uix opulentis regnis
tolerabilem insaniam uenerit.
|
Cette
année et l'année suivante, sous le consulat de C. Sulpicius Péticus
et de C. Licinius Stolon, la peste continua. Il ne se fit rien de mémorable,
sinon que, pour demander la paix aux dieux, on célébra, pour la troisième
fois depuis la fondation de la ville, un lectisterne : mais, comme rien
ne calmait encore la violence du mal, ni la sagesse humaine, ni
l'assistance divine, la superstition s'empara des esprits, et l'on dit
qu'alors, entre autres moyens d'apaiser le courroux céleste, on imagina
les jeux scéniques : c'était une nouveauté pour ce peuple guerrier
qui n'avait eu d'autre spectacle que les jeux du Cirque. Au reste, comme
presque tout ce qui commence, ce fut chose simple , et même étrangère.
Point de chant, point de gestes pour les traduire : des bateleurs, venus
d'Étrurie, se balançant aux sons de la flûte, exécutaient, à la
mode toscane, des mouvements qui n'étaient pas sans grâce. Bientôt la
jeunesse s'avisa de les imiter, tout en se renvoyant en vers grossiers
de joyeuses railleries ; et les gestes s'accordaient assez avec la voix.
La chose une fois accueillie se répéta souvent et prit faveur. Comme
on appelait "hister", en langue toscane, un bateleur, on donna
le nom d'histrions aux acteurs indigènes, qui, ne se lançant plus
comme d'abord ce vers pareil au fescennin, rude et sans art, qu'ils
improvisaient tour-à-tour, représentaient dès lors des satires
pleines de mélodie, avec un chant réglé sur les modulations de la flûte,
et que le geste suivait en mesure.
Quelques années après, Livius, laissant la satire, osa le premier lier
d'une intrigue une action suivie; il était, comme alors tous les
auteurs, l'acteur de ses propres ouvrages : souvent redemandé, il
fatigua sa voix, mais il obtint, dit-on, la faveur de placer devant le
joueur de flûte un jeune esclave qui chanterait pour lui; et il joua
son rôle, ainsi réduit, avec plus de vigueur et d'expression , car il
n'avait plus souci de ménager sa voix. Depuis ce temps, l'histrion eut
sous la main un chanteur, et dut réserver uniquement sa voix pour les
dialogues. Soumis à cette loi, le théâtre perdit sa libre et folâtre
gaité ; par degrés, le divertissement devint un art; la jeunesse
alors, abandonnant le drame au jeu des histrions, reprit l'usage de ses
antiques et bouffonnes scènes, cousues de vers, et qui plus tard, sous
le nom d'exodes, se rattachèrent de préférence aux fables atellanes.
Ce genre de divertissement qu'elle avait reçu des osques, la jeunesse
se l'appropria, et ne le laissa point profaner aux histrions. Depuis
lors, il demeure établi que les acteurs d'Atellanes, étrangers, pour
ainsi dire, à l'art du comédien, ne sont exclus ni de la tribu ni du
service militaire.
Parmi les faibles commencements d'autres institutions, j'ai cru pouvoir
aussi placer la première origine de ces jeux, afin de montrer combien
fut sage en son principe ce théâtre, arrivé aujourd'hui à une si
folle magnificence, que l'opulence d'un royaume y suffirait à peine. |
|