Commentaire
: Ce
texte alambiqué, sur la forme et sur le fond, pose,
semble-t-il, un grand nombre de problèmes. Ainsi essayons d’en saisir
l’intérêt et la place qu’il donne à la Satire vis à vis du Coq
à l’Ane.
Comme
nous avons essayé de le montrer par nos quelques notes, Peletier reprend en
introduction les topoï classiques du discours sur la Satire, ceux-ci étant
mise en place par Donat et Diomède (il n’est pas certain qu’il
s’agisse d’influences directes mais il est bien plus probable que
Peletier réutilise ces lieux communs par le biais du discours théorique
italien), ainsi nous retrouvons sous sa plume une définition
liminaire type, un discours sur l’étymologie, les dangers qui
entourent le poète satirique, et l’aspect disparate de cette poésie.
Au-delà de cette première tradition clairement identifiable, Peletier est tributaire d’un second discours théorique, celui de Sébillet : rapprochement du Coq à l’Ane et de la Satire par le biais de Marot, et éloge indirect de Marot en comparaison avec les « Rimeurs » (terme que l’on trouve déjà chez Sébillet).
Enfin, troisième influence, celle de la Pléiade ou plutôt de la Deffence de Du Bellay et de son jugement sévère sur le Coq à l’Ane : « cete inepte appellation de Coq, à l’Asne, […] ».
Peletier se situe donc au confluent de sources diverses et, à première vue, inconciliables : le titre Coq à l’Ane est jugé comme « abject » et « vulgaire », mais Marot est mise au devant de la scène ; la Satire essaie d’être considérée en elle-même mais Peletier ne peut faire autrement que de revenir sur la pratique poétique la plus courante pour ses lecteurs : le Coq à l’Ane ; et le genre même de la Satire semble mis en péril par sa nécessaire tension vers la critique personnelle.
Mais sur ce fond de discours fort peu original se dessinent des prises de position plus personnelles, elles sont de trois sortes.
Tout d’abord, dans son appréciation de Marot : « toutefois piquants et riants » qui lui permet de mettre en avant, à travers des catégories légérement remaniées de la rhétorique cicéronienne (« mouere » et « delectare »), une spécificité de la tonalité du poème satirique, tout en gardant la virtualité propre au mode interrogatif en citant Horace : « Qui empêche qu'on ne dit vrai tout en riant ? (Horace, Satire I, 1, 24-25 : "quamquam ridentem dicere uerum quid etat ?") ».La liberté prise vis à vis de son modèle est ici importante. Alors qu'Horace dans la Satire I, 1 se contente de justifier son ton léger, la synthèse rhétorico-horatienne que propose Peletier développe, en quelques phrases, une véritable esthétique de la Satire : un ton, une manière, un effet, un but.
Ensuite, et en réutilisant la même conjonction « toutefois » (comme si son appréhension de la Satire devait passer par une série de modulations), il confère une fonction fort originale à la « Satire bien écrite » : une vérité historique porteuse de sens et de leçons pour les générations à venir !
Enfin, dernière prise de position : la condamnation du titre du Coq à l’Ane : « Il n'est point besoin ici d’avertir ceux qui en écriront, qu’il n’est point à usurper ce mot de Coq à l'Ane », usurper étant à prendre au sens étymologique de « faire usage de ».
Dernier précision afin d’en tirer du sens : Peletier ne réfléchit pas sur l’aspect formel de la Satire, comme l’avaient fait avant lui Sébillet et Du Bellay en s’opposant totalement. Il n’appréhende la satire que sur son contenu, sur sa tonalité : alors est-ce un oubli ? est-ce l’expression d’une gêne insoluble vis à vis du genre satirique ? ou bien est-ce volontaire ?
Au vue du texte, nous répondrions par autre chose : ce n’est pas ce qui l’intéresse ! car qu’est ce qui est finalement central dans ce passage ? le Coq l’Ane ? Marot (comme chez Sébillet) ? la Satire ? non, rien de cela, mais la notion qui est répétée à deux reprise de « vrai » et de « vérité ». Une vérité qui ébranle (le « mouere » cicéronnien), une vérité « piquante » (qui touche au vif), c’est à dire, en quelque sorte, une vérité personnelle mais en même temps une vérité générale et historique qui tient le rôle d’un discours universel sur l’Homme!
Alors soudain pour Peletier, la Satire, dont le Coq à l’Ane n’est qu’une « espèce» (à l’inverse de Sébillet pour qui les Satires sont Coqs a l'asne Latins” et à l’inverse de Laudun pour qui aussi «Le Coq à l'asne des Latins sont les Satyres »), devient doublement positive, répondant à une haute conception de la Poésie tant par sa possible pérennité que par le rôle qu’elle est susceptible de jouer dans le présent.