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Edito :
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Ce site se veut une approche de la poésie satyrique du début du XVII siécle, et essaie de rendre compte de manière plus générale de la Satire Classique au XVI et XVII siécle.
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L'ART
POETIQUE FRANCOIS, de PIERRE DE LAUDUN Daigalers./
Divisé en cinq livres
(II, 10)
DU
COQ A L'ASNE
Chap. X
Le Coq à l'asne est un poëme qui est
fort different en propos, comme son nom le porte, car ainsi comme il y a
grande diffrence d'un Coq à un asne, aussi y a-il grande difference de
parler d'un Prince et d'un Ours, et ainsi d'autres. Le sujet du Coq à
l'asne est la reprehension des vices des hommes. Le Coq à l'asne des
Latins sont les Satyres, comme Horace, Juvenal, Perse reprenoient les
vices tant communs que particuliers. On le fait de toutes sortes de vers,
en toute façon sans aucune suite ou fil d'oraison, avec un fil rompu et
entre-couppé, parler tantost du charbonnier, tantost de l'escrevisse,
tantost d'un coq, tantost d'un asne : mais principalement que le fil soit
bien à propos, sans continuation d'un mesme discours et n'admettre rien
qui ne soit de bonne grace. Ceste sorte de poëme n'a besion d'exemple,
attendu qu'il est assez cogneu de luy mesmes.
Commentaire
: Cette ultime définition en cette fin de seizième siècle est des plus éloignées de la Satire régulière. Le rapprochement avec cette dernière ne s'effectue que d'après le seul fait de "reprendre les vices" : tout aspect formel est évincé, aucune ambition globale, aucun but moral, l'attaque personnelle est tolérée alors que même Sébillet et Peletier la rejetaient. Donc, comment comprendre un tel relâchement dans l'approche définitionnelle de la Satire et une telle assimilation de la Satire par le Coq à l'Ane français, ce qui permet au théoricien d'éluder complètement leurs spécificités ?
Cela s'explique principalement par un bref rappel historique : le Coq à l'Ane est en 1598 une pratique littéraire des plus répandues (ce qu'il n'était pas encore lors de la publication de l'Art Poétique de Sébillet en 1548 ou même de celui de Peletier en 1555), donc genre littéraire banal, suite au guerre de religion et à son utilisation durant cette période en tant qu'arme politique et polémique de dérision et de controverse souvent à visée personnelle, qui tend s'affirmer comme le genre satirique par excellence.
Ainsi se trouve justifier le ton léger de cette simple esquisse générique (que cela soit pour le Coq à l'Ane ou la Satire) et la subordination en quelque sorte pleinement accomplie de la Satire par le Coq à l'Ane : son emploi quotidien combiné aux présupposés établissant un lien Coq à l'Ane/Satire, en a entériné la filiation qui semble ici définitive de par son concision. Car finalement la compilation des préceptes ne met en avant que le disparate formel, et le grande diversité de propos.
Ainsi pour conclure, nous poserons l’interrogation suivante : alors
que 6 ans plus tard Vauquelin de la Fresnaye publiera son Discours
pour servir de préface sur le sujet de la Satyre, alors que les
Satires de ce même auteur circulent déjà en manuscrit, alors que les théoriciens
italiens depuis plus de cinquante ans ont saisi de manière plus étroite
l’irréductibilité de la Satire, alors que les satires italiennes sont
connues des français, alors que Scaliger publia, 37 auparavant, à Lyon,
ses Poetices libri septem, la réalité littéraire française
des guerres de religions suffit-elle à expliquer la consécration de cette
vulgate ?
A.P.
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