Satire et Poésie Satyrique
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Edito :
Ce site se veut une approche de la poésie satyrique du début du XVII siécle, et essaie de rendre compte de manière plus générale de la Satire Classique au XVI et XVII siécle.


EPISTRE XIII
Epistre dudict Bouchet a messieurs les Escoliers de l'université de Poictiers contenant l'ouange des sciences et l'estat de scolarité.
(f° 31 v. - f° 34 r)

in

Épistres morales et familières du Traverseur , A Poictiers : chez Jacques Bouchet et Jehan et Enguilbert de Marnef, 1545

Introduction : Ce texte, avec l'extrait du Quintil Horatian de B. Aneau sur la Satire, est la preuve de l'existence en France d'un discours générique sur la Satire en tant genre dramatique, (un "jeu Satyral" nous dit Bouchet) cette dernière étant considérée alors en tout point semblable à notre Sotie Nationale ("En France elle a de sotie le nom"). Donc avant même que Sébillet travestisse la Satire en Coq à l'Ane, la satura latine s'était vue décerner une place auprés des deux grands genres dramatiques antiques : la Tragédie et la Comédie.
A noter que pour Jean Bouchet, seule la Satire/Sotie semble bénéfique et positive, car les lecteurs de Tragédie deviennent "folz, enragez, et pervers", et de la Comédie "se resjouyst nature,/ Qui tousjours est prompte a forfaicture."


V.283-314 :

   Et tiercement aultres poetes sont
Satyres dictz, qui tous leurs metres font
Reprehensifz de tous pechez publiques
Les reprenants par leurs vers satyriques,
Qui sont picquans voire jusques au sang,
Ne craigans rien, mais de tout parlent franc
Louans vertuz, et detestans tout vice
Sans espargner par crainte aulcun convice,
Lesquelz peveut bien jeunes gens eriger
A bonnes meurs, et vertuz eriger,
Et a laisser les maulvaises coustumes
Des vitieux remplies d'apostumes.
   Horatius, Perse, et aussi Juvenal,
Furent aucteurs de ce jeu Satyral
Entre Latins, come on veoit par leurs livres,
Lesquelz ne sont de sentences delivres.
   Mais parautant que de detraction
Usent souvent par folle affection
Nommans aucuns, et faisans du scandalle
On dit Satyre estre une chose malle.
En France elle a de sotie le nom,
Parce que sotz des gens de grand renom
Et des petitz jouent les grands follies
Sur eschauffaulx en parolles polies,
Qui est permis par les princes et Roys
A celle fin qu'ilz sachent les derroys
De leur conseil qu'on ne leur ause dire
Desquelz ils sont advertiz par Satyre.
Le roy Loys douziesme desiroit
Qu'on les jouast a Paris, et disoit
Que par telz jeux il scavoit maintes faultes
Qu'on luy celoit par suprinses trop caultes.