Satire et Poésie Satyrique
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Edito :
Ce site se veut une approche de la poésie satyrique du début du XVII° siècle, et essaie de rendre compte de manière plus générale de la Satire au XVI et XVII siécle.

Actualité du Site :
Nouveaux Textes ou Articles
-Le Divorce Satyrique (1663)

-Jean de La Taille, Sonnets Satyriques (1573)

-Claude d'Esternod, L'Espadon Satyrique (1619)

-[Bautru], L'Onozandre ou le Grossier. Satyre (1616 ?)

-La Nef des Fols [...], avec plusieurs Satyres (1579)

-Jean la Gessée, Odes-Satyres - recueil complet (1578)

-Joachim Du Bellay, rajout d'un poème latin sur le genre de la Satire (1558)

-La première satire régulière française par Roger Maisonnier (1557)

-La théorisation de la Satire dans Les Regrets (1558) : écriture, visée, ton et choix de vie.

-Nicolas Margues, Description du Monde desguisé (1563)

-Filbert Bretin, Satyre...en forme d'Ode. (1576)

MAJ :17/01/08

Le Genre Satyrique
Approche d'une poésie oubliée



-Introduction aux différents recueils : role éditorial, composition, et évolution

-Avoir accés aux Recueils Satyriques : Essai de bibliographie (dernière mise à jour : 11/11/2007)

-Érotisme et libertinage au XVIIe siècle (2005), par Michel Jeanneret

-Esthétique satyrique (1993), par Pascal Debailly

-Le Pétrarquisme travesti de Sigogne (1977), par Robert Mélançon

-Influence de la poésie bernesque au début du XVII siècle (1958), par Olga Trtnik-Rossettini

-Origine, apparition et formation du genre satyrique (1923), par Fernand Fleuret

Introduction Générale

Qu'est ce que la Poésie Satyrique ?

Commençons par le commencement et essayons d'éclaircir les doutes et les imprécisions qui peuvent régner autour de ce syntagme : "poésie satyrique". Pour cela précisons ce à quoi renvoie une telle appellation.

Depuis les travaux fondateurs de F.Lachevre (voir la section "Bibliographie") sur les recueils collectifs publiés au XVIè siècle et au XVIIè siècle et sur le libertinage au XVIIè siècle, le sens de "poésie Satyrique" s'est fortement spécialisé : il désigne un ensemble de recueils ou d'anthologies publiés entre 1600 et 1622 (pour les éditions originales, car plusieurs d'entre eux furent publiés avec des ajouts et suppressions plus ou moins importants jusqu'à la moitié du siècle voire tout au long du siècle), recueils, comme les nomme le critique, de "poésie libre et satirique". Ces recueils s'étoffent au fil des éditions et rééditions, d'un mince volume de 29 poèmes en 1600, nous aboutissons en 1617 avec le Recueil des plus excellans vers satyrique à un volume de 220 pièces et l'année suivante la production satyrique touche à son apogée avec Le Cabinet Satyrique et ces 456 poèmes (ce relevé est basé sur nos propres travaux et non sur ceux de F.Lachèvre qui en mentionne 460) publié en un seul volume de plus de 700 pages. Donc, prolifération croissante au cours de cette courte période qui fait de cet inclassable genre littéraire un véritable phénomène de société et dont il est si difficil de rendre compte avec sureté et justesse.
Les auteurs mis à profit sont d'une très grande diversité : de l'ecole marotique en passant par la Pléiade et ses émules jusuq'à la présence de quelques Malherbiens, la palette éclectique des auteurs présumés connait néammoins une évolution. Comme le notait déja Antoine Adam dans le Tome I de son Histoire de la Littérature française du XVIIè siécle, les Muses Gaillardes publiées en 1609 marque une modernisation dans le choix des auteurs utilisés pour garnir ce recueil collectif, qui en trois éditions succesives, de 1609 à 1611, double son nombre de poèmes : d'un contenu tourné vers la production poétique de la Renaissance, le corpus de la poésie satyrique se voit considérablement amplifié par toute une nouvelle génération qui appartient au régne d'Henri IV et vie, et qui tendra elle aussi à être remplacée, dans les dernières anthologies satyriques, par de jeunes poétes, tel que Théophile de Viau ou Guillaume Colletet.
Donc, délimitation chronologique claire au sein de laquelle le genre tente de trouver ses propres lois et ses propres conventions en absorbant toute une production poétique passée et contemporaine, mais ce dernier meurt soudainement frappé d'un anathème dont le "satyrisme" ne se relèvera pas : la condamnation de Théophile et son exil qui entraineront irrémédiablement sa mort.


i ou y ?


Vous vous demanderez sûrement pourquoi nous employons à répétition la graphie "satyrique" plutôt que "satirique", ceci répond à une double exigence :

   a)Une erreur étymologique
Les auteurs de la Renaissance puis leurs successeurs du début du XVIIè siècle emploient principalement la graphie "satyre", "satyrique" justifiant pour cela d'une argumentation philologique erronée. Laissons Pascal Debailly présenter l'histoire de cette étrange maladresse perpétuée pendant plus d'un siècle de critiques érudites et de théories littéraires :
"[Les humanistes] admettent tous que la satire latine est issue du drame satyrique grec, genre de comédie bouffonne qui se développe au Vè siècle avant J-C. et qui met en scéne des satyres, demi-dieux insolents et lascifs, compagnons de Dionysos, que l'on représentait avec de petites cornes sur la tête et des jambes de chèvres. Ce type de comédie était joué à la fin d'une trilogie tragique afin de divertir les spectateurs. Ce furent les grammairiens Donat et Dioméde [IV° et V Siècle] , qui, à partir d'une mauvaise interprétation du passage consacré par Horace au drame Satyrique dans son Art Poétique, donnèrent une autorité à la confusion entre le mot latin et le mot grec. Il en résulta cette aberration philologique consistant à écrire le mot satyra ou satyre avec un y. Elle allait cependant conditionner le style et l'esprit de genre chez les poètes et les théoriciens du XVIè siècle jusqu'à Régnier et même bien après."
Ainsi nous respectons la graphie en usage (la plus courante) à l'époque.

   b)Distinction générique
Mais au-delà de cette exigence de recontextualisation, la critique érudite de la fn du XIXè siècle et du début du XXè siècle ayant fait immerger de l'oubli les auteurs et les recueils satyriques (on republie le Cabinet Satyrique, le Parnasse des Poètes Satyriques, des cercles de bilbiophiles se chargent de donner à lire Les Satyres Bastardes, etc. Pierre Motin voit ses oeuvres collectées et publiées, de même pour Sigogne), donc face à ce constat alors irréfutable d'une mouvance littéraire qui échappe au cadre stricte de la satire ou de la simple vaine gaillarde, certains critiques, en l'occurence Fernand Fleuret, proposent la conservation du "y" étymologique comme critère de distinction générique afin d'essayer de rendre compte plus précisément de cette littérature qui se définit plus par "un ton et une manière d'être" (Pascal Debailly) que par une forme vis à vis de son contenu.