Satire et Poésie Satyrique
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Edito :
Ce site se veut une approche de la poésie satyrique du début du XVII siécle, et essaie de rendre compte de manière plus générale de la Satire Classique au XVI et XVII siécle.


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Henri Chamard
"L'Oeuvre de la Pléiade, la réalisation de la poésie : la Satire
in
Histoire de la Pléiade, Tome IV, Paris, Henri Didier, 1940, p.164-165





L'Influence de la Pléiade sur le genre de la Satire


      La satire est, de tous ces genres empruntés aux anciens et déjà traités par Marot (épigramme, élégie, églogue, épître), celui que la Pléiade a le mieux élargi, le plus heureusement repris et cultivé. C'est qu'aussi bien Marot l'avait assez médiocrement conçue sous la forme du coq-à-l'âne, que du Bellay jugeait bien insipide, et dont Peletier lui-même, en dépit de son indulgence, ne goûtait pas non plus l'allure trop vulgaire (cf son Art Poëtiques, II, 6). Pour mesurer ici l'apport de la Pléiade, il convient de ne pas confondre, ainsi qu'on le fait trop souvent, le genre satirique et l'esprit satirique. L'esprit satirique est de tous les temps : il raille les sottises, les ridicules, les défauts, les vices de l'humanité dans les formes les plus diverses, principalement dans la comédie. Le genre satirique est quelque chose de plus restreint : c'est un discours en vers à rimes plates, qui mêle à la raillerie un souci d'utilité morale. La censure qu'il fait des défaut ou des vices doit tourner au profit des moeurs, à l'amélioration de la moralité.
      Ce genre si spécial, que devaient immortaliser Mathurin Régnier et Nicolas Boileau, c'est bien à la Pléiade qu'en revient le mérite. Elle en avait trouvé l'idée et le modèle chez les Romains, et surtout chez Horace. Joachim du Bellay, que son vif esprit naturel prédisposait à la satire, eut dès le début la perception nette de son vrai caractère, en la voulant non personnelle, mais générale : tu dois, prescrivait-il au poète futur, « taxer modestement les vices de ton tens, et pardonner aux noms des personnes vicieuses ». Et sur ce point, il n'a jamais varié. Mais s'il vit très bien dès l'abord ce que devait être l'esprit de tout poème satirique, il n'en découvrit pas du premier coup la forme. Lorsqu'il inaugura la satire littéraire dans sa pièce cinglante contre les pétrarquistes, ce fut sous la forme de l'ode ; et lorsqu'il entreprit dans ses Regrets la satire de moeurs romaines, ce fut sous celle du sonnet. Le développement à rimes plates qu'il adopta dans un poème facétieux commeL'Hymne de la Surdité, dans une peinture de moeurs comme la Vieille Courtisane, l'acheminait vers la forme définitive que devait recevoir et garder la satire. On sait comment une de ses dernières oeuvres, le Poëte Courtisan, a fixé supérieurement la matièrée de la satire littéraire dans le moule nouveau du discours familier.
      Eclairés et guidés par l'exemple de leur aîné, les autres poètes suivirent. Ronsard d'abord. Dix ans durant, il s'était révélé poète très divers, et surtout lyrique. Lorsque les circonstance, à partir de 1560, l'eurent contraint à se lancer dans les plus âpres polémiques, il composa pendant trois ans ces Discours enflammés, où l'on peut glaner de larges morceaux de satire morale et de satire religieuse. Une fois revenu de ces luttes violentes à la calme poésie d'art, il eut encore par intervalles des velléités satiriques, et s'il n'y céda pas autant qu'il eût voulu c'est qu'il ne reçut point sans doute de ses princes les encouragements auxquels il s'attendait (Anathème contre l'or, Portrait des rois fénéants, Etrennes à Henri III, et Discours à Cheverny). Il se sentait porté par son tempérament à fustiger les moeurs corrompues de son siècle.
      On fait couramment honneur à Jodelle d'avoir fondé chez nous le théâtre classique. Nous avons indiqué plus haut que là n'était peut-être pas sa principale originalité, qu'il fallait la chercher plutôt dans une verve satirique capable d'aller jusqu'à l'invective. Il a fait tour à tour ou simultanément de la satire littéraires, en se raillant des pétrarquistes, et des anciens, et des fables païennes; - de la satire morale, en attaquant les gens de Cour, les débauchés, les financiers, le populaire ; - de la satire religieuse, en s'en prenant, non sans excès, aux « ministres de la nouvelle opinion ». Il convient d'ailleurs de noter que la forme de ses satires est plus souvent l'ode ou le sonnet que le discours à rimes plates.
      Baïf, enfin, grand amateur de poésie gnomique, ne pouvait rencontrer la morale sur son chemin sans y rencontrer bientôt la satire. Elle tient dans ses Mimes une place importante, et c'est elle, en définitive, qui permit à l'auteur de dépasser sa mesure ordinaire en atteignant à l'éloquence de la satire politique.


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