Satire et Poésie Satyrique
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Edito :
Ce site se veut une approche de la poésie satyrique du début du XVII siécle, et essaie de rendre compte de manière plus générale de la Satire Classique au XVI et XVII siécle.


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Extrait de : TRTNIK-ROSSETTINI Olga. Les influences anciennes & italiennes sur la satire en France au XVIe siècle. Florence : Ed. Sansoni, 1958, p. 197-204

 

Influence de la poésie bernesque au début du XVII siècle

   Nous avons suivi et étudié jusqu’ici l’imitation des paradoxes bernesques dans les satires françaises. Exception faite pour la satire VI de Régnier, toutes les autres pièces appartiennent au XVI siècle. Il faut attendre le début du XVII siècle pour trouver des imitations directs des thèmes plaisants de la satire bernesque italienne. Dès la fin du XVI siècle, mais surtout au commencement du dix-septième on assiste à un renouvellement de la poésie française.

    Les poètes de la nouvelle génération réagissent contre la pléiade et s’insurgent contre son lyrisme et son art trop savant.  Une espèce de réalisme envahit la littérature française au début du XVII siècle. On assiste en conséquence à une renaissance de la peinture de mœurs et aussi au réveil de la littérature satirique. On n’avait jamais vu encore un si grand nombre de recueils satiriques. En même temps, l’admiration pour les italiens atteint son apogée. C’est alors que la satire bernesque italienne commence à exercer sur les poètes sa plus grande influence. Mais les préférences des poètes ne vont plus aux paradoxes. J.Vianey, parlant des poètes satiriques de cette époque, écrit : »Nous avons vu, en effet, choisir dans les volumes de Lasca les portraits, de préférence aux éloges paradoxaux, plus foncièrement burlesques, et nous avons constaté que dans leurs imitations, à tout le moins dans celle de Régnier, les descriptions perdaient en fantaisie ce qu’elles gagnaient en réalisme

   Mais les nombreuses pièces qui remplissent les recueils « satyriques » aussi bien celles de Sigogne que celles de Motin ou de Berthelot, ne sont pas de véritables satires. Aussi bien par el fond que par la forme, ces pièces sont plus prés du burlesque que de la satire. Comme les poètes bernesques italiens, les poètes cités n’ont d’autre but que de faire rire en chantant la laideur physique, la débauche, la vieillesse, etc. leurs pièces écrites en mètres brefs, en forme de sonnets, d’épigrammes ou de stances, ont seulement le mérite d’inaugurer dans la littérature française l’imitation des thèmes bernesques, à savoir les portraits grotesques, les descriptions d’habits sordides, etc…

Les portraits de femmes

C’est d’abord le thème des portraits grotesques de femmes qu’ils reprennent. Pierre Motin décrit les femmes laides, écrit des Hymnes du Maquerellage et autres pièces sur le même sujet souvent très obscènes et influencées par les Dialogues Plaisants de l’Arétin. Berthelot se plaît aussi à la description  des laideurs, tandis que Sigogne, le meilleur parmi ces imitateurs de la satire bernesque, crée une véritable galerie de femmes vieilles, maigres, grasses, etc. l’inspiration bernesque y est évidente. Mais il n’est seulement un froid imitateur des modèles italiens. F. Fleuret dans sa Préface aux Satires du XVII siècle observe avec justesse : « Il sut du moins accommoder ses emprunts au vieux goût français, et mettre beaucoup de verve où Vauquelin de la Fresnaye est pesant et livresque. Cependant, Sigogne n’habillait de ses dépouilles qu’une contrefaçon de la Réalité… » Cela n’empêche pas que dans ses œuvres on en rencontre à chaque pas des imitations et des influences directes des poètes bernesques : cf. La Femme maigre et la Vieille décrépite.

Les Mauvais Logis

Un autre thème bernesque imité assez rarement par ces poètes est le thème du mauvais logis. Dans les Muses gaillardes de 1609 on trouve une Plainte du Cavalier mal logé de Sigognes qui commence : « Entre la puce et la punaise… »

Les Habit en loques

Les poètes satiriques cités traitent volontairement le thème bernesque des habits misérables. Mais ce thème subit chez eux une transformation. Ce n’est plus une pure plaisanterie, c’est en même temps une peinture de mœurs. On peut regretter que cette peinture de mœurs ne soit pas développée plus longuement, mais elle est un trait original brodé sur un thème emprunté. En décrivant les vêtements en loques, les poètes français se proposent de mettre en lumière les défauts de celui qui les porte et, en général, leur victime c’est le courtisan, fanfaron de Gascogne, riche de dette, etc…[…]

Sigogne dans les deux pièces sur le vieux manteau et le vieux pourpoint, directement imitées des pièces bernesques, poussera encore plus loin la peinture de mœurs, transformant assez sensiblement le thème italien.[…] Ces deux pièces, qui ne peuvent pas encore être considérées comme de véritables satires, sont cependant intéressantes parce qu’antérieures à la Satire X de Régnier où ce thème de vêtements en loques est également traité.

   On assiste chez Sigogne, non seulement à une imitation, mais aussi à une transformation du thème bernesque. Tandis que les poètes italiens étalent leur mauvais équipage, exposent leurs misères pour amuser et émouvoir les lecteurs et laissent percer dans leurs vers leur rancune contre l’ingratitude des Seigneurs, les poètes français livrent surtout au ridicule la misère des courtisans cachée sous une apparence de splendeur. Sigogne ne se contente pas de la description grotesque des vêtements où les poètes italiens étaient passés maîtres. Il observe aussi celui qui porte ces vêtements. L’influence de Berni et de son Mastro Guazzaletto est évidente dans les deux pièces. Mais quelle différence entre des « satyres » qui à travers la description des habits nous font voir le caractère et la vie de celui qui les porte et la pièce italienne, plaisante certes, mais portant toute entière sur l’aspect extérieur ! […]

    Bien que d’inspiration bernesque les deux pièces de Sigogne ne sont pas une traduction textuelle ni une imitation servile de Berni. Le thème bernesque est enrichi, car Sigogne ne décrit pas seulement pour décrire. Il est capable d’observer et aussi de s’indigner. Sans être un vrai poète satirique, il se moque franchement du courtisan à travers la description burlesque de ses habits. Les deux pièces de Sigogne semblent un pue comme des préludes à la peinture de mœurs et de caractères qui apparaît dans les satires de Régnier. Nous avons fait l’analyse de ces deux pièces de Sigogne pour montrer comment il avait introduit dans son œuvre un des thèmes de la satire bernesque. En tant que peintre d’habits en loques il est presque plus original que Régnier. Car il sait rajeunir le vieux thème burlesque tandis que Régnier se contentera, en décrivant la robe du pédant dans la X satire, d’imiter fidèlement son modèle.

   Le mérite de Sigogne, comme Berthelot et de Motin, tous trois précurseurs immédiats de Régnier, est d’avoir mis la satire à la mode et d’avoir renforcé la vogue de la poésie bernesque. Ils influencèrent Régnier dont les satires X et XI sont les seules véritables satires bernesques de la Renaissance.



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