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Edito :
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Ce site se veut une approche de la poésie satyrique du début du XVII siécle, et essaie de rendre compte de manière plus générale de la Satire Classique au XVI et XVII siécle.
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Maître Guillaume SATYRE DE MAISTRE Guillaume. S.l., 1614.
Satire régulière et fortement horacienne, les 187 vers qui la compose développent les thèmes stéréotypés de la folie humaine, de la fortune, des passions et de la superstition.
L'auteur refuse toute indignation violente, toute moquerie, et toute imprécation :
Je trouve des humeurs de diverse manière,
Qui me pourroient donner sujet de me moquer :
Mais qu’est-il besion de les aller choquer ?
Chascun ainsi que nous sa raison fortifie,
Et se forme a son goust une philosophie,
Ils ont droit en leur cause, & de la contester
Je ne suis chicaneur, & n’aime a disputer :
Le style du poème trouve donc sa légitimité dans la relativité de la folie humaine.
Nous éditions le texte d'aprés l'exemplaire de la Mazarine : 37279, pièce 5
Satyre de M. Guillaume
J’Eusse prins volontiers la lanterne en la main,
Cherchant an plain midy parmi le genre humain
Un homme qui fut homme, & d’effet, & de mine,
Et qui peust des vertus passer par l’estamine :
Il n’est coin & recoin que je n’aye tenté
Depuis que la nature m’a icy bas planté
Mais tant plus je me lime, & plus je me rabote,
Je croy qu’a mon advis tout le monde radote :
Qu’il a teste vuide & sans dessus dessous,
Ou qu’il faut qu’au rebours je sois l’un des plus fous
C’est de nostre folie un plaisant Stratageme,
Se flattant de juger les autres par soy-mesme.
Ceux qui pour voyager s’embarquent dessus l’eau
Voyent aller la terre & non pas leur vaisseau :
Peut-estre ainsi trompé, que faussement je juge,
Toutesfois si les fols ont leur sens pour refuge,
Je ne suis pas tenu de croire aux yeux d’autruy,
Puis j’en sçay pour le moins autant ou plus que luy.
Voila fort bien parlé si l’on me vouloit croire,
Sotte presomption vous m’en-yvré sans boire :
Mais apres en cherchant, avoir autant couru
Qu’aux Advens de Noel fat le moine bouru,
Pour retrouver un homme, envers qui la satyre
Sans flatter, ne trouvast que mordre ou que redire,
Qui sceust d’un choix prudent toute chose esplucher
Ma foy si ce n’est vous je n’en veux plus chercher.
Or ce n’est point pour estre eslevé de fortune,
Aux sages comme aux fous c’est chose assez commune
Elle advance un chacun sans raison & sans choix,
Les fous sont aux echets les plus proches des Roys :
Aussi mon jugement sur cela ne se fonde
Aux compas des grandeurs, je ne juge le monde :
L’esclat des ces clinquans ne m’esblouit les yeux,
Pour estre dans le Ciel, je n’estime les Dieux,
Mais pour s’y maintenir & gouverner de sorte
Que ce tout en devoir reiglement se comporte,
Et que leur province esgalement conduit
Tout ce que le Soleil en France produit :
Des hommes tout ainsi je ne puis recognoistre
Les Grands, mais bien ceux la qui meritent de l’estre,
Et de qui le merite indomptable en vertu
Force les accidens, & n’est point abattu :
Non plus que des farceurs je n’en puis faire conte,
Ainsi que l’un descend, on voit que l’autre monte
Selon ou plus ou moins que dure le rolet,
Et l’habit fait sans plus le maistre ou le valet.
De mesme est de ces gens dont la grandeur se joue,
Aujourd’huy gros enflés sur le haut de la roue
Ils font un personnage, et demain renversez
Chacun les met au rang des pechez effacez.
La faveur est bisarre, & traitter indocile,
Sans arrest, inconstante, & d’humeur difficille,
Avec discretion il la faut caresser,
L’un la perd bien souvent de la trop embrasser ;
Ou pour s’y fier trop, l’autre par insolence,
Ou pour avoir trop peu, ou trop de violence
Ou pour se la promettre, ou se la desnier :
Enfin c’est un caprice estrange a manier,
Son amour est fragille, & se rompt comme verre,
Et fait aux plus mattois donner du nés en terre.
Pour moy je n’ay point veu parmi tant d’avancez,
Soit de ce temps ici, soit des siecles passez,
Homme que la fortune ait tasché d’introduire,
Qui durant le bon vent ait sceu se bien conduire.
Or d’estre cinquante ans aux honneurs eslevé,
Des grands, & des petits, dignement approuvé,
Et de sa vertu propre aux malheurs faire obstacle,
Je n’ay point veu des sots avoir fait ce miracle.
Aussi pour discerner le bien avec le mal,
Voir tout, cognoistre tout, d’un œil tousjours esgal :
Manier dextrement les desseins de nos Princes :
Respondre a tant de gens de diverses provinces :
Estre des estrangers pour Oracles tenu,
Prevoir tout accident avant qu’estre advenu :
Destourner par prudence une mauvaise affaire
Ce n’est par chose aisee, ou trop facille a faire.
Voilla comme on conserve avec le jugement
Ce qu’un autre dissipe, & perd imprudemment.
Quand on se brusle au feu que soy-méme on attise
Ce n’est un accident, mais c’est une sottise :
Nous sommes du bonheur de nous mesme Artisans,
Et fabriquons nos jours ou fascheux ou plaisans.
La fortune est a nous, & n’est mauvaise ou bonne
Que selon qu’on la forme, ou bien qu’on se la donne.
A ce point le malheur ; amy comme ennemy,
Trouvant au bord d’un puis un enfant endormy
En risque d’y tomber, a son ayde s’avance,
Et luy parlant ainsi, le reveille & le tance :
Sus badin, levés vous, si vous tombiés dedans
De douleur vos parens comme vous imprudens,
Croyant en leur esprit que de tout je dispose,
Diroient en me blasmant que j’en serois la cause.
Ainsi nous seduisant d’une fausses couleur,
Souvent nous imputons nos fautes au malheur
Qui n’en peut mais : mais quoy l’on le prend a partie
Et chacun de son tort cherche la garentie.
Et nous pensons biens fins soit veritable ou faux,
Quand nous pouvons courir d’excuses nos deffauts
Mais ainsi aux petits, aux plus grands personnages
Sondés tout jusque au fond, les fols ne sont pas sages.
Or c’est un grand chemin jadis assé frayé
Qui des rimeurs François ne feut onc essayé
Suivant les pas d’Horace, entrant en la carriere
Je trouve des humeurs de diverse manière,
Qui me pourroient donner sujet de me moquer :
Mais qu’est-il besion de les aller choquer ?
Chascun ainsi que nous sa raison fortifie,
Et se forme a son goust une philosophie,
Ils ont droit en leur cause, & de la contester
Je ne suis chicaneur, & n’aime a disputer :
Gallet a sa raison, & qui croira son dire
Le hazard pour le moins luy promet un Empire,
Toutesfois au contraire estant leger & net
N’ayant que l’esperance & trois dez au cornet
Comme sur un bond fonds de rente é de receptes
Dessus sept & quatorze il assigne ses debtes,
Et trouvé sur cela qui luy forunit dequoy,
Ils ont une raison qui n’est pour moy
Que je ne puis comprendre, & qui bien l’examine,
Est-ce vice, ou vertu, qui leur fureur domine ?
L’un alleché d’espoir de gaigner vint pour cent
Ferme l’œil a la perte, & librement consent
Que l’autre le despouille, & ses meubles engage,
Mesme est besoin baille son heritage.
Or le plus sot d’entr’eux je m’en rapporte a luy,
Pour l’un il perd son bien, l’autre celuy d’autruy,
Pourtant c’est un traffic qui suit tousjours sa route,
Ou bien moins qu’a la place on a fait banqueroute,
Et qui dans le berlans se maintient bravement,
(N’en desplaise aux Arrests de nostre Parlement)
Pensez vous sans avoir ses sommes toutes prestes
Que le sieur des Provins perciste en ses requestes ?
Et qu’il ait sans espoir d’estre mieux a la Cour
A son long balandran changé son manteau court ?
Bien que depuis vingt-ans sa grimace importune
Ait a sa desfaveur obstiné la fortune,
Il n’est pas le cousin, qui n’est quelque raison,
De peur de reparer il laisse sa maison,
Que son lict ne deffonse, il dort dessus la dure,
Et n’a crainte du chaut ; que l’air pour couverture
Ne se pouvant munir encontre tant de maux,
Quel aire intemperé fait guerre aux animaux,
Comme le chaud, le froid, les frimas, & la pluye,
Et mil autres accidens bourreaux de nostre vie.
Luy selon la raison sous eux il s’est soubmis,
Et forçant la nature il les a pour amys,
Il n’est point enrhumé pour dormir sur la terre,
Son poulmon enflammé ne tousse le caterre,
Il ne craint ni les dens, ni les deffluxions,
Et son corps a tout sain libres ses fonctions ;
En tout indifferent, tout est a son usage,
On dira qu’il est fol, je croy qu’il n’est pas sage,
Que Diogene aussi fust un fol de tout point,
C’est ce que le cousin comme moy ne croyt point.
Ainsi ceste raison est une estrange beste,
On l’a bonne selon qu’on a bonne la teste,
Qu’on imagine bien du sens comme de l’œil,
Pour grain ne prenant paille, ou Paris pour Corbeil.
Or suivant ma raison & mon intelligence,
Mettant tout en avant & soin & diligence,
Et criblant mes raisons pour en faire un bon choix :
Vous estes a mon gré, l’homme que je cherchois :
Affin donc qu’en discours le temps je ne consomme,
Ou vous estes le mien, ou je ne veux point d’homme,
Qu’un chascun en ait un ainsi qu’il luy plaira,
Rosette nous verrons qui s’en repentira,
Un chascun en son sens, selon son choix abonde
Or m’ayant mis en goust des hommes & du monde,
Reduisant brusquement le tout en son entier,
Encor faut-il finir par un tour du mestier.
On dit que Jupiter Roy des Dieux & des hommes,
Se promenant un jour en la terre ou nous sommes,
Reçeu en amitié deux hommes differens,
Tous deux d’aage pareils, mais de mœurs differens :
L’un avoit nom Minos, l’autre avoit nom Tantale,
Il les esleve au Ciel, & Dabord leur estalle
Parmi les bons propos, les graces & les ris,
Tout ce que la faveur départ aux favoris :
Ils mangoient a sa table, avaloient l’ambrosie :
Et des plaisirs du Ciel soulloient leur fantasie :
Ils estoient comme chefs de son conseil privé,
Et rien n’estoit bien fait qu’ils n’eussent approuvé.
Minos eust bon esprit, prudent, accord, & sage,
Et sceut jusqu'à la fin jouer son personnage :
L’autre fut un langard, revelant les secrets
Du Ciel ; & de son maistre, aux hommes indiscrets.
L’un avec sa prudence ; au Ciel s’impatronise,
Et l’autre en feut chassé comme un peteux d’Eglise.
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