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Edito :
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Ce site se veut une approche de la poésie satyrique du début du XVII siécle, et essaie de rendre compte de manière plus générale de la Satire Classique au XVI et XVII siécle.
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Properce
Elégie V, livre IV
trad. J. Genouille
La corruptrice Acanthis
CORRUPTRICE
infâme ! que la terre couvre de ronces ton affreux tombeau ; que ton ombre, dévorée
par la soif, éprouve le supplice que tu redoutes ; que les Mânes ne veillent
point sur tes restes, et que Cerbère, vengeur de tes crimes, épouvante de ses
aboiements faméliques tes membres impurs ! Tu aurais su plier aux lois de Vénus
le farouche Hippolyte ; fléau continuel de l'union la plus vive, tu aurais forcé
Pénélope elle-même à oublier son Ulysse et à céder aux désirs effrénés
d'Antinoüs. Ordonne, et l'aimant n'attirera plus le fer, et l'oiseau déchirera
lui-même son propre nid. Qu'Acanthis ait mêlé dans une fosse les herbes des
tombeaux, et soudain un torrent ravagerait tout dans la campagne. Par son art
audacieux, elle dirige à son gré la lune, et rôde pendant la nuit sous la
forme d'un loup funeste ; par ses intrigues, elle pourrait aveugler le plus
vigilant des époux. C'est pour ma perte qu'elle a déchiré de ses ongles la tête
d'une corneille, consulté le vol de la chouette, et recueilli la liqueur que
distille une jument quand elle est pleine. Couvrant de belles paroles ses
desseins pervers, elle enflammait un jeune coeur par ses insinuations perfides,
et elle frayait à l'innocence la route difficile du vice. « Doroxanium,
disait-elle, si tu veux les trésors que recèlent les rivages d'Orient, ou la
précieuse coquille dont s'enorgueillit la mer de Tyr ; si tu désires les
tissus de Cos, patrie d'Eurypyle, ou la tapisserie antique qui décorait les
palais d'Anale, ou les raretés célèbres que nous envoie Thèbes aux cent
portes, ou les vases magnifiques que le Parthe prépare ; dédaigne la
constance, méprise les dieux, triomphe par le parjure, et brise les lois d'une
sotte pudeur. Feindre un mari, te fera rechercher davantage. Diffère, sous
mille prétextes, la nuit qu'on sollicite, et l'amour n'en sera que plus vif et
plus empressé.
Si un amant a dérangé ta chevelure dans son utile colère, fais-lui acheter la
paix à force de présents. Quand il aura enfin payé au poids de l'or la
promesse du bonheur, prétexte encore les fêtes d'Isis et la chasteté qu'elles
réclament.
Qu'Iole te rappelle les ides d'avril, qu'Amyclée rebatte à ses oreilles les
ides de mars, comme le jour heureux qui t'a vue naître.
Ton amant est-il à tes genoux ? écris un rien sur ta toilette, et si ta ruse
le fait trembler, il est à toi. Mais que ton cou lui offre toujours la nouvelle
empreinte de quelque baiser, qu'il attribuera sans doute à une lutte
voluptueuse. Surtout n'imite point la bassesse de Médée, qui dépose un juste
orgueil pour suivre et supplier la première l'ingrat Jason ; préfère plutôt
Thaïs, cette courtisane adroite et intéressée, qui trompe, dans Ménandre,
jusqu'aux valets les plus fripons.
Adopte les moeurs de ton amant. S'il chante, imite-le, partage son ivresse, et
marie à sa voix tes accents.
Que ton portier veille pour le prodigue ; mais quand un amant frappe les mains
vides, qu'il dorme sans rien entendre sous de fidèles verrous. Ne rejette ni le
soldat grossier qui n'est point fait pour l'amour, ni le matelot aux mains
endurcies, s'ils t'apportent de l'or ; ni l'esclave étranger, qui a vu, au
milieu du Forum, un écriteau pendre sur sa poitrine, et la craie qui couvrait
ses pieds appeler autour de lui les acheteurs. Ne regarde que l'or et jamais la
main qui le donne. Que te serviront des vers ? Ce sont paroles inutiles ; et si
un amant t'offre ses chants sans y joindre des présents plus solides, reste
sourde aux accords d'une lyre que l'argent ne rehausse pas.
Profite de ta jeunesse, de ta fraîcheur, des belles années qu'épargnent les
rides , et crains que le lendemain n'efface déjà quelque chose à ta beauté.
J'ai vu la rose de Pestum, qui promettait encore de longs parfums, se flétrir
au souffle du Notus en une matinée. Acanthis corrompait ainsi le coeur de ma
Cynthie, lorsque déjà l'on pouvait compter ses os à travers sa peau décharnée.
Aujourd'hui, Vénus mon unique reine, reçois en actions de grâces sur ton
autel le sacrifice d'une tendre colombe. J'ai vu une toux opiniâtre gonfler le
cou ridé d'Acanthis, le sang et la bile souiller tour-à-tour ses dents cariées,
et son âme impure s'exhaler du grabat héréditaire, tandis que le foyer étroit
et glacé en frémissait d'horreur. Sa pompe funèbre, ce fut les bandelettes
qui attachaient quelques cheveux rares et ignorés, un vieux bonnet décoloré
par les ans et la poussière, et cette chienne, trop vigilante pour mon malheur,
quand j'essayais de soulever furtivement un odieux verrou.
Donnez pour tombeau à l'infâme une amphore vieille et fêlée, et qu'un
figuier sauvage pèse sur sa triste dépouille. Vous qui aimez, n'épargnez
point les pierres à son tombeau, ni les malédictions à ses cendres.
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