Satire et Poésie Satyrique
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Edito :
Ce site se veut une approche de la poésie satyrique du début du XVII siécle, et essaie de rendre compte de manière plus générale de la Satire Classique au XVI et XVII siécle.


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Le Parnasse des poètes satyriques, [S.l.], [s.n.], 1622, 208 p.




Voic deux poèmes extraits du Parnasse.... Tout d'abord, le fameux poète de théophile "A Philis", et puis, l"'Epitaphe de Caboche", poème qui fait entendre, au sein de cette littérature pornographique, la voix du petit peuple.



A Philis

Par le sieur Theophille
Philis tout est ...tu je meurs de la verolle
Elle exerce sur moi sa dernière rigueur :
Mon V. baisse la teste et n'a point de vigueur
un ulcére puant a gasté ma parole.

J'ai sué trante jours, j'ai vomi de la colle
Jamais de si grand mots n'eurent tant de longueur
L'esprit le plus constant fut mort à ma langueur,
Et mon afficlition n'a rien qui la console.

Mes amis plus secrets ne m'osent approcher,
Moi-même cet estat je ne m'ose toucher
Philis le mal me vient de vous avoir foutue.

Mon dieu je me repans d'avoir si mal vescu :
Et si vostre couroux a ce coup ne me tuë
Je ne fais vuex désormais de ne foutre qu'en cu.

Epitaphe de Caboche
excellent Porte-fais

Cy gist un personage
Duquel est grand dommage,
Caboche qui devoit
pour l'honneur qu'il avoit,
Vivre tousjours au monde.

Sa voix estoit faconde
Et son parler divin,
A crier du bon vin,
Qu'il jettoit en son ventre
Mille fois mieux qu'un chantre.
Il s'acquit grand honneur
Pour estre bon sonneur,
Non de luts ny de poches,
Mais bien de grosses cloches,
Qu'il sonnoit à fredons
Les jours des grands pardons.

Il estoit en estime
De faire bien en rime,
Et à la vérité
Quand il avoit jetté
Dans sa gorge alterer
Mainte & mainte verree
De vin, il rencontroit
Tant à gauche qu'a droict.

Il sçacvoit la maniere
De porter en ciuiere
Quelque pesant fardeau,
Il tiroit au cordeau
D'une ame encouragee,
La nacelle chargee,
Et portoit bien le faits
En hotte & en crochets,
Et s'y rendoit habile
Courant parmy la ville.

Aucun ne sçavoit mieux
S'enquester tous lieux
Des choses esgarees,
Si les Dames parces
Perdoient quelque joyau
Ou quelque riche anneau
Il prenoit la clochette
Et quittant sa logette
Il faisoit mille cris
Au milieu de Paris,
Se rompant la cervelle
Pour en ouir nouvelle.

Il avoit bon esprit,
Et couchoit par escrit
Dix mille chansonnettes
Et dix milles sornettes,
Que viste il composoit
Alors qu'il luy plaisoit.

Il sçcavoit un peu lire,
Comme un petit escrire,
Car il avoit esté
Pendant sa puberté
Dans un couvent novice.

Mais en cet exercice
Il se vit bien tost las :
Donc pour plus grand soulas
Quittat le monastere
Et le beau non de frere ;
Alors que la Cipris
Alumma ces esprits
D'une fille de joye,
Dont en fin fut la proye.
Ainsi donc amoureux
Des attriats savoureux
De ceste jeune Circe
Il ne fut plus novice,
Mais en suivant l'amour
Alla faire la cour
A ceste fine garce,
Qui en bien peu d'espace
De temps qu'elle l'ayma,
Son argent consumma.

Luy donc ainsi debille
D'argent par ceste fille,
Et sentant que la faim
Luy tourmentoit le sein :
Pour maintenir sa vie
Il luy prit une envie
De se faire porteur,
Hotteur & crocheteur,
De vuider les latrines,
De servir aux cuisines
Et d'aider aux anniers,
A charger les fumiers :
De devaler aux caves
Les vins doux & suaves
Et au haut d'un clocher
Les chucas denicher,
De conduire les bieres
Dedans les Cimetieres,
Et par devotions
En la procession
Porter haut la banniere
Faisant mainte priere.

Il estoit bon portier
Et fort bon regratier,
Il faisoit des messages,
Neufvaines et voyages
Cà & là pour autruy :
Bref il avoit en luy
Un millier d'arctifices
De qui les exercices
L'entretenoient icy
Exempt de tout soucy.

Mais las enfin la Parque
Qui toutes choses embarque
Dans le commun basteau
Dont Charon passe l'eau
A toute creature
Subjecte à la nature
La ravy de ce lieu,
Le tuant au milieu de sa force virile
A Paris tant utile.

Or donc, devot passant
Pensant & repensant
A nostre fresle vie,
Qui tost est ravie,
Dy pour le trespassé,
Requiescant in pace :
Puis suivant la pratique
De tout bon catholique,
Dy Pater & Ave
Afin qu'il soit sauvé.