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Edito :
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Ce site se veut une approche de la poésie satyrique du début du XVII siécle, et essaie de rendre compte de manière plus générale de la Satire Classique au XVI et XVII siécle.
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Retour vers l'Anthologie satirique
[Bautru] L'Onozandre ou la Grossier. Satyre. [1616]
Bibliothèque Aix-en-Provence (Méjanes) : Rec. 1, 2468
Trentième pièce d’un recueil factice comprenant 53 pièces datées très majoritairement de l’année « M. DC. XVI » (1616). Petite plaquette signée A4, sans page de titre, en caractères italiques mise à part pour le titre, et la dernière page est blanche. Satyre Attribuée à Bautru.
L'ONOZANDRE,
OU
LE GROSSIER.
SATYRE.
Je veux quiter Parnasse, & l'onde Pegazine
Pour aller faire un tour jusques à Terracine :
Desireux de chanter les Buffles au col tors,
Ou siffler dans un jonc le Prince des Butors.
Buses, Buses & Ducs, tenez moy lieu de Muse,
Ce n'est pas la raison qu'icy je vous amuse
Compagnes d'Helicon, à braire les chansons
Qu'un tas de flatereaux font bruire en divers sons
D'ONOZANDRE, occupé à ne croire qu'un homme
Qui sçait parler Latin puisse estre Gentil homme
Meprisant Apollon & ses cœlestes dons
Qui empeschent les gens de vivre de chardons
Sus invoquez oyseaux, de vos courses isnelles,
Hastez-vous promptement de m'aporter vos aisles,
Que j'en prenne un tuyau pour peindre en cet escrit,
Celuy qui vous ressemble & de nom & d'esprit.
Silence par trois fois en la trouppe Arcadique :
Que l'on cesse aujourd'huy la bruyante musique
Dans les champs Auvergnacs, & qu'on m[']aille chercher
Sept Asnes, mais des grands, que je veux écorcher,
Pour, sur leur parchemin escrire la creance
D'onozandre le grand, Prince de l'ignorance :
Creance sans tumulte, & qui ne doit jamais
Remüer dans l'estat, que vers Mirebalais.
Mais dont les sens cachez font un si grand miracle
Qu'ils canoniseront un sot dans le Basacle
Mon Heros d'Arcadie : exemple qu'en nos ans
Ceux que l'on devroit voir dans les moulins brayans
Le bast dessus le dos, courbez sous la farine
Sont gens de Cabinet : mesme que l'on destine
Aux premieres honneurs. He ! quelle anrageson
De voir dans un Conseil un Asne sans raison ?
M. D. M.
Qui croid que le grand Cayre est un homme, & les plines
Des Païs éloignez comme les filippines[,]
Que l'Evangile fut écrit dedans le Ciel,
Voire d'un des tuyaux de l'aille saincte Michel.
Qui tient que Mahomet, & les Turcs, & les Gots,
Confraires de Calvin estoient grands Huguenots.
Que Christofle portant le grand Sauveur du monde,
En plaine Mer n'estoit jusques au cul dans l'onde.
Que le Pape reçoit tous les jours des messages
Des saincts de Paradis, voire que les sept sages
Estoient fort bons Chrestiens, que jadis Machabé
S'il ne fut point mort jeune eút esté bon Abbé.
Qui croit que Paradis est en forme d'Eglise
Et que le Bucentaure estoit Duc de Venise.
Qui ne tient de bons mots que ceux d'Angoulevant,
Et n'a rien en mépris qu'un homme bien sçavant.
Je l'ay veu maintefois, ô l’ignorant Caprice !
Citer monsieur S. Jean au livre de l’Eclypse :
Et tout d’un mesme train faire croire à son sens
Que Fisique & Fthisique avoient un mesme sens :
Mais aprés celuy cy, menez, menez le boire
Voire sans le licol, ce grand Asne en l’histoire :
Puis qu'il dit que Priam soutint Agamemnon
Les dix ans de son siege à grands coups de canon
Puis qu'il croit que Paris, par qui mourut Achille,
Fut tenu sur les fonds, des Bourgeois de la ville
Qui porte ce nom là : & que le Chevallier
Ne doit croire avoir eu cet honneur le premier.
Est il pas bien plaisant, mais n'est-il pas bien buse
De tuer Palamede avec un arquebuse ?
S'il parle de Brutus en sa grande action,
Il se plaint que Cesar meurt sans confession.
Et dit, la larme à l'œil, tant de Prestres à Rome
Ont donc laissé mourir sans confesse un tel homme !
De quel Treffle, ou quel foin, quelle herbe ou qu'el chardon,
Onozandre peut on te faire un digne don ?
Si tu crois que jadis l'Empereur d'Alemaigne
Dés le jour qu'il naquît s'appella Charlemaigne
Et que le grand Pompée au temps des vieux Romains,
Surpassoit de deux pieds le plus hault des humains ?
Donez luy des Sonnets, Odes ou Cenotafes,
Toutes sortes de vers il les nomme Epitafes.
L'Esclavon, l'Arabic, le Turc, le Bizantin,
Tout langage estranger il le tient pour latin.
Que s'il entend tonner ou faire de l'orage,
Il croit que l'Antechrist vient, & que son bagage
Fait tout ce tintamarre : on le verroit allors
Priant fort à propos dire vespres des morts,
Chanter un te Deum sur un chant pitoyable,
Non pas qu'il ayme DIEU, mais il craint fort le Diable.
Mais peut estre qu'il sçait de l'histoire du temps !
Il vid parmy la Cour, c'est là où je l'attens.
Son picotin en main, dites si c'est un homme,
Puis qu'il jure tout haut que les sept Electeurs,
Sont indignes de plus créer que les Empereurs,
Puis qu'ils ont la verolle, & que l'on leur apreste
A ce prin-temps prochain une exacte Diette ?
Mesmes que l'Empereur en esten fort grand soin,
Et que c'est aujourd'huy son plus pressant besoin.
Neant-moins on le void, ce gros Asne, ou ce Buffle
En pourpoint de satin decoupé sur le buffle
Marcher en face, d'homme, et crier que le front,
Que la bouche, le nez, & les oreilles, font
La Creature estre homme : abus, il se mesconte
S'il met là son honneur, le monde y met sa honte :
La face ny fait rien : la Mer à des poissons
Qui ont nostre visage : en cent mille façons
Nature industrieuse a mis dedans les plantes
Dans les eaux, dedans l'air, dans les voutes brillantes
Le caractere humain : qui pour cela n'ont rien
Du feu de Promethée ce larrecin entien
Sans lequel on est beste. Apprens grossier profane
Qu'on peut en courte oreille estre un bien fort grand asne.
Mesme on peut estre bœuf en visage de Roy,
Je n'en veux à temoing qu'en nostre antique loy
Nabucodonosor ce grand Prince d'Asie
Moins connu pour son daiz, que pour sa frainesie :
Apres avoir long-temps dominé sous ses loys,
Les peuples d'Assirie, en suite de cent Roys,
Ses illustres ayeux d'un sceptre plus antique.
Que le Tige d'Abraham au peuple Judaïque.
Sans égard à sa race, ou à l'illustre sang
Qui luy donnoient les biens, la coronne & le rang
Par Jugement divin parût en face humaine
Paissant avec les bœufs le Treffle, la vervaine
Se soulant de sin foin : bien qu'un Royal manteau
Couvrit le corps du Prince, en couvrant le thoreau.
Vray portraict d'Onosandre, excellante figure !
Representant le corps, l'esprit & la nature
Du grossier, fort illustre en biens, & en maison
Mais bien pauvre d'esprit, voire un gueux en raison,
En sens, un mendiant qui a des pous à l'ame
Plus que n'ont en leurs corps les forçats de la rame.
Or Buses c'est assez. Prince de Betisi
Reclamez vos oyseaux qu'ils s'envolent d'icy
Jusqu'au val de Padouse, où ils fairont entendre
Ce que je leur apprens des vertus d'Onosandre,
En proclamant un Dieu, comme on vit autrefois
Posafon deiffié par les oyseaux des bois.
FIN.
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