Satire et Poésie Satyrique
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Edito :
Ce site se veut une approche de la poésie satyrique du début du XVII siécle, et essaie de rendre compte de manière plus générale de la Satire Classique au XVI et XVII siécle.


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La Grand nef des Fols du Monde, avec plusieurs Satyres.[...]
Lyon, Jean d'ogerolles, 1579.




    Aix-en-Provence (Méjanes) : Rés. O. 138 

    Cette traduction de la Nef des Fous (1494) de Sebastian Brant nous intéresse de part la mention de "Satyre" que porte le titre. Loin de toutes questions de forme, il apparait clairement que la critique générale des travers humains conditionne au siezième siècle le genre de la satire. Ainsi les Satires de La Grand Nef des Fols (dont nous donnons deux exemples) rejoignent la grande satire littéraire sur trois points essentiels : le comique et le rire, le rôle parénétique et les lieux (les cibles) propres au genre. Ainsi, il s'agit toujours bien de porter son attention sur un ou des objets précis, puis de donner à cette critique un but cathartique grace à un ton particulier.



LA GRAND
NEF DES FOLS
DU MONDE,
AVEC PLUSIEURS
SATYRES.

Reveuë nouvellement et corrigée en infiniz lieux, qui la rendent
autant plaisante et recreative, comme elle
est grandement profitable.





A LYON,
PAR JEAN D’OGEROLLES.

M. D. LXXXIX.







L’IMPRIMEUR AU LECTEUR.


M’estant d’avanture tombé entre les mains ce viel livre de la Nef des fols, amy lecteur, il ne m’a semblé impertinent, apres avoir esté reveu et en plusieurs endroits corrigé, voire mesmes apres avoir fait refaire les vers sur chacune matiere, qui estoyent barbares et tant depravez que le François ne les pouvoit pas aisement entendre, il ne m’a semblé, dy-je impertinent de le mettre de rechef en lumiere, pource que chacun peut tirer de la lecture d’iceluy proffit et grand contentement : car en ce livre, comme dedans un miroir chacun peut voir parfaittement et contempler l’estat de cete vie perverse et malheureuse. L’autheur d’iceluy l’a intitulé la Nef des fols, par laquelle il entend l’erreur et folie mondaine en laquelle sont plongez les fols : c'est-à-dire les pecheurs en la mer du monde où nous sommes par fortune et voguans sus les flots de cete perilleuse mer, tendans tousjours d’arriver à bon port : mais, helas il y en a plusieurs qui en sont bien loing et qui n’en prenent pas le chemin, comme nous demonstre cet autheur par sa Nef des fols qui voguent et nagent à l’avanture, pource qu’ils sont fols et qu’ils n’ont un bon et seur pilote pour les conduire, c'est-à-dire, pource qu’ils n’ont la raison pour leur commander. Vous avez donc dequoy passer icy le temps et fare vostre proffit de ce qui s’y presente, pource qu’il n’y a chose aucune qui ne soit tres-utile et fort proffitable : au moyen dequoy je m’asseure que vous m’en sçaurez quelque gré, pour avoir renouvellé et agencé un œuvre si ancienne, laquelle est maintenant digne d’estre leuë. a Dieu.


p.97-98 :


De la volupté.


      De volupté l’homme se lie,
Et la va suivant pas à pas :
Mais je trouve que c’est folie,
Comme il sçaura bien au trespas.


Du bon du cœur folles paillardes et autres je vous prie qu’il vous plaise venir faire colation en ceste satyre et s’il est chose qui je puisse faire pour vous je suis tout vostre le corps et les biens, car veritablement j’ay grand' voulonté de vous bien faire, pource que j’ay tousjours frequenté vos services. Escoutez doncques fines femmes que j’ay trouvé cy par escript. Celles qu’on voit les mammelles descouvertes les cheveux pignez et acoutrez à merveilles seant en plusieurs lieux sont equiparées aux paillardes voluptueuses qui font leurs cheveux apparoir au front jaunes comme fin or, et faictes passer vos cheveux en aucuns lieux pour tirer jeunes hommes à vos amours. Aucuns pour leurs biens avoir en leurs presentant leurs lits pour prendre coulpe charnelle en leurs faisant plumer l’oygnon. Et apres qu’ils ont prins leurs desduits, elles ne pensent sinon les faire payer de la peine corporelle qu’elles ont avecques leurs mignons. L’autre pour avoir ses plaisances mondaines eslit ceux qu’elle ayme le mieux, et affin que la folie puisse mieux faire à son sejour elle prie l’homme luy signifiant qu’elle est amoureuse de luy, tu es trop à blasmer fol qui ottroye l’achoison, nonobstant vous vous soubmettez comme fait l’aigneau ou le veau et vous lassez tellement que vous ne pouvez deslier. O fol ! regarde que tu fais d’ensuyvir les desirs charnels, ta pauvre ame mets en grand dangier pres de damnation. Tu mets tes biens, ton entendement et ta joye à perdition douloureuse, et combien que soys en voyes mondaines, toutesfois sont mistionnez de douleur, ou il s’ensuit peine et misere, grand souci et melancolie. Je te prie laisse les grans delits du monde qui ne durent nomplus que l’herbe du pré. Si tu as joye un seul moment, tu auras tousjours douleur. On lit de Sardanapalus qui pour sa luxure cheut aux enfers, lequel se mettoit en habit d’une pauvre femme, ses gens voyans son cœur endurcy le tuerent. Ainsy luy prist pour ensuivir sa plaisance. Le souverain createur fut plus puissant que ce pecheur, ne nous y volons employer puis qu’il pugnit si asprement efforçons nous de resister contre ce peché de luxure qui n’est qu’infection et toute amertume en la fin qui se donne soubs espece de miel qui estaint le cœur de l’homme, fuyez ces folles femmes qui rongent les amoureux jusque aux os, et vous serez aymez de Dieu et des hommes.



p.204-205 :


Des flateurs.


      Venez, courtisans et flateurs,
Venez, car je vous veux instruire :
Vous estes traistres et menteurs
Et en mordant vous semblez rire.


Vuydez quelque part que soyez flateurs et escumeurs de cour acourez tost et gardez le cheval qui rue et venez ouir ma satyre : la nef où vous estes est pareille à ceux qui suivent la cuisine, et se veut porter en la grand' mer. Je ne me suis peu deporter que je n'aye mis ses gens dedans la nef à part nous leur avons baillé gouvernement. Vous devez entendre que ces gens veullent servir et gouverner les salles des siegneurs (sic) et princes, ceste tourbe desire fraudes et machinations, car ils veullent par tout flater : car par tel moyen le seigneur le tiendra pour le plus loyal et luy baillera la charge de tout. Or avons nous fait construire sur mer une nayve bien large et ample pour eux, affin qu'ils contemplent leurs fraudes et grandes tromperies et deceptions. Tous ces flateurs et langagers sont les premiers au plus pres du Roy en cour, ou d'un seigneur, ou d'un maistre. Ils vont volontiers en l'ostel d'un roy, d'un duc, d'un comte ou baron. Ils dient maintes parolles, et sont tousjours pres des roys. Et combien qu'aucun soit sage et discret, ils seront envieux sur luy et diront maintes parolles pour le mettre hors de grace. Et tout par le contraire ils diront d'un fol qu'il sera remply de science et il ne sçait rien. Ils disent plusieurs villains dits, de ceux que leurs maistres hayent : les autres pour faire des bons serviteurs, amassent les plumes et ordures de dessus les robes de leurs maistres affin que leur service plaise mieux. Ils voudront tousjours tromper leurs maistres, et soubs umbre de bien ils font plusieurs fraudes et deceptions. Et affin que mieux on les croye, ils parlent doucement a aucuns, aux autres rigoureusement, affin que le maistre cuide qu'il face pour son proffit. Celuy se delecte et veut vivre cherchant les bons et gras morceaux es maisons des riches gens et n'ont pas vaillant un blanc. Par flatter ils sont riches et mys au plus haut des autres. Ils ont l'acointance d'un chacun usant de douces parolles et plaines de deceptions et fraudes. Ils portent deux langues, de l'une dient maintes parolles vaines mensonges et choses nompareilles, et de l'autre dient le contraire. Ainsi par ces flateurs licherres, le seigneur en est bien deceu. Ils seront bien venus et aymés des princes en toutes saisons en recitant le peché et son principal acteur au moyen dequoy il est par le cheval foullé aux piedz, et à l'autre luy rue par derriere. Aussi dit-on communement. Qui sçait flatter il a le temps. Et qui dit vray il a mal temps. Mais apres tourne la chance. Ceux qui dient vray auront du pain, et les flateurs mourront de fain (sic). Et si cherront en grand' meschance.

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