Satire et Poésie Satyrique
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Edito :
Ce site se veut une approche de la poésie satyrique du début du XVII siécle, et essaie de rendre compte de manière plus générale de la Satire Classique au XVI et XVII siécle.


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Pierre Motin
ODE A REGNIER sur ses SATYRES.
in
SATYRES DU SIEUR REGNIER. Derniere Edition, reueue corrigée & de beaucoup augmentée, tant par le sieur de Sigogne, que de Berthelot., Paris, Martin Gobert, 1614, [ff.7 r°-ff. 8 v°].




Introduction : Les Satyres du Sieur Regnier[...] sont précédées notamment d'une pièce liminaire de Pierre Motin que nous publions : Ode A Regnier sur ses Satyres.
Ce poème est tout à fait intéressant puisqu'il théorise la pratique, l'écriture et la voix satirique. Il lui donne une place au sein de cette sociétté de "fiction", un role pour sortir de notre état de "cerf" et désigne clairement "la louange" comme une pratique littéraire repoussoire et vaine puisque la gloire "qui deçoit" ne célèbre finalement que le poète lui-même.






                ODE

A REGNIER, SVR ses Satyres



    QUI de nous se pourroit venter
De n'estre point en servitude ?
Si l'heur, le courage & l'estude,
Ne nous en sçauroient exempter:
Si chacun languit abbatu,
Serf de l'espoir qui l'importune,
Et si mesme on voit la vertu
Estre esclave de la fortune.
    L'un aux plus grands se rend suject,
Les grands le sont à contrainte,
L'autre aux douleurs, l'autre à la crainte,
Et l'autre à l'amoureux object:
Le monde est en captivité,
Nous sommes tous serfs de nature
Ou vifs de nostre volupté,
Ou mort de nostre sepulture.
Mais en ce temps de fiction
Et que les humeurs on desguise,
Temps où la servile feintise
Se fait nommer discretion:
Chacun faisant le reservé,
Et de son plaisir son idole,
REGNIER tu t'és bien conservé,
La liberté de la parole.
    Ta libre & veritable voix
Monstre si bien l'erreur des hommes,
Le vice du temps où nous sommes,
Et le mespris qu'on fait des loix:
Que ceux qu'il te plaist de toucher
Des poignans traicts de ta Satyre,
S'ils n'avoient honte de pecher,
En auroient de te louyr dire.
    Pleust à Dieu que tes vers si doux
Contraires à ceux de Tyrtee,
Fleschissent l'audace indomptee
Qui met nos guerriers en courroux:
Alors que la jeune chaleur
Ardents au duël les fait estre,
Exposant leur forte valeur,
Dont il devroient servir leur maistre,
    Flatte leurs coeurs trop valeureux,
Et d'autres desseins leurs imprimes,
Laisse là les faiseurs de rimes,
Qui ne sont jamais mal-heureux:
Sinon quand leur temerité
Se feint un merite si rare,
Que leur espoir precipité
A la fin devient un Icare.
    Si l'un d'eux te vouloit blasmer
Par coustume ou par igorance,
Ce ne seroit qu'en esperance
De s'en faire plus estimer:
Mais alors d'un vers menassant
Tu luy ferois voir que ta plume,
Et celle d'un Aigle puissant
Qui celles des autres consume.
    Romprois-tu pour eux l'union
De la muse & de ton genie,
Asservy sous la tyrannie,
De leur commune opinion ?
Croy plustost que jamais les cieux
Ne regarderent favorables
L'envie & que les envieux,
Sont tousjours les plus miserables.
N'escry point pour un faible honneur,
Tasche seulement de te plaire,
On est moins prisé du vulgaire,
Par merite que par bon-heur:
Mais garde que le jugement
D'un insolent te face blesme:
Ou tu deviendras autrement,
Le propre tyran de toy-mesme.
    REGNIER la loüange n'est rien,
Des faveurs elle a sa naissance,
N'estant point en notre puissance,
Je ne la puis nommer un bien,
Fuy donc la gloire qui deçoit
La vaine & credule personne,
Et n'est pas à qui la reçoit
Elle est celuy qui la donne.
MOTIN.

Difficile est Satyram non scribere.