Satire et Poésie Satyrique
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Edito :
Ce site se veut une approche de la poésie satyrique du début du XVII siécle, et essaie de rendre compte de manière plus générale de la Satire Classique au XVI et XVII siécle.


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Nicolas Margues
Description du Monde desguisé. Par Nicolas Margues., Paris, Thomas Rochard, 1563.





Nous empruntons cette présentation à Michel Magnien ("Approches humanistes de la satire régulière : hésitation et réticences", dans Littératures classiques, n° 24, printemps 1995, p.14-15.) :
      Si la plaquette compte bien cinq pièces, on ne saurait prendre ici en compte ni la "Satyre IIII" qui est un sonnet, ni la dernière pièce, qui est une ode composée de quatre strophes d'ocotsyllabe. La "Satyre I" pourrait formellement (134 alexandrins à rimes plates) passer pour une satire ; mais développant le prologue de Perse, elle prend l'aspect d'une excusatio propter infirmitatem du poète qui déplore tout à tour de n'être ni Ronsard, ni du Bellay, ni Jodelle, ni Grévin, etc. Aucune critique des moeurs contemporaines ne s'y fait jour, pas plus que dans la "Satyre II", qui ne compte que 22 alexandrins et sert d'introduction à la pièce suivante. Bref, seule la "Satyre III" [...] peut être considérée comme une véritable satire contre la mode. Curieux "recueil" de satires donc, où quatre pièces servent d'introduction et d'accompagnement à l'élément central, mis en relief par la page de titre.

Nous éditions le texte d'aprés l'exemplaire de la BNF : RES YE 1066

DESCRIPTION
DV MONDE
desguisé.


Par Nicolas Margues.



A PARIS,
De l'Imprimerie de Thomas Richard, à la Bible
d'or, devant le College de Reims.

1563.




Au Poëte.

Tu scai si doucement chanter le doux erreur,
      Les appas, les douceurs, qui enchantent ta Muse
      Pour la faire egarer es bois de Syracuse,
      Qu'il me semble à t'ouir que tu en sois veneur.
Mais le tressaint pouvoir qui t'allume le cueur,
      Me fait ores penser qu'à peine tu t'amuse
      A porter un carquois pour de subtile ruse
      Te faire des grans serf le plus brave vainqueur.
Ce n'est pas (mon ami) cela qui t'emprisonne
      A te faire entonner les chansons que tu sonne
      Mais la sainte vertu qui nous conduit aux Cieux.
Ainsi tu es heureux, & ton païs encore,
      D'avoir sceu rencontrer un sonneur qui l'honore,
      Et qui porte son loz, jusqu'au throsne des dieux.


DESCRIPTION
DV MONDE DESGVISE'.

SATYRE I.

NI, sur le blanc Cristal de l'onde chevaline,
Je n'ai encor' miré ma face, ou ma poitrine :
Pour me plonger dedans, & gouster de son eau,
Affin de renforcer de fureur mon cerveau.
Ni sur le front marbrin, du mont a double croppe,
Je n'ai encor', songé pour estre de la troppe,
Qu'embrasse de son tour, ainsi qu'un grand lien
Recourbé dans les cieux le sage Delien.
Le ruisseau d'Helicon, & ceste rive blesme,
Qui pallit un Poëte avecques son proësme.
Je laisse à ceux desquels le chef est revestu,
De myrte, de laurier, & du rameau tortu.
Ainsi qu'il appartient à la docte brigade,
Qui n'aguer' a borné nostre France mignarde,
Je laisse un tel trophé à ce grand de Valois,
A ce gentil sonneur, ce Pindare François,
Qui a premier pincé sur l'accord d'une lyre,
La conqueste des Rois, sur un nouveau Empire.
Je laisse un tel honneur à ce doux Angevin,
Qui premier a osé sous un archet divin,
Remarquetant de pres une trace Ausonique
Chanter des Empereurs la force tant antique,
Qui jadis ont rendu subjects tous les humains,
A venir faire ouvrage aux grans palais Romains.
Je laisse un tel loyer au tragique de France
Qu'un desastre a laissé chetif dés son enfance,
Et a cil qui n'agueres a fait bruire l'ardeur,
Dont l'aveugle Archerot emprisonnoit son cueur,
Luy mettant pour object une Olympe trop fiere,
Qui ne peult adoucir par aucune priere.
Encor' un tel honeur ne m'enflame, et ne point,
De tant de vers tortis, encor' ne m'en chaut point,
Je n'ai d'un tel trophé encor' l'ame eschaufée :
Que je laisse à ceux là qui ressemblent Orphée,
Un tel sonneur que moy qui aprend à chanter,
Ce pourra d'un Rameau, & de moins contenter,
Il pourra d'un bon oeil dont regardent les Muses,
Aussi bien appaiser ces basses cornemuses :
Que s'il recevoit d'elles, un chappelet de fleurs
Le loyer qui est deu aux plus graves sonneurs.
Quant à moy qui n'ay pas une trompe si grave,
Et qui ne suis doué d'une fureur si brave.
Ainçois qui d'un cleron encor' rude & trop bas,
Inepte, et mal seant, entonner les combas :
L'amour, ou le pouvoir de ce petit archer,
Domteur de la raison, qui au seul decocher
De ces traits venimeux, nous point, & nous bourelle,
Par le feu qu'il attize, en la plus froide moelle.
Pressé d'une fureur j'anime une chanson
Satyrique, & mordante, à l'antique façon,
Des broquars animez au grant port d'Etrurie,
Où Perse jargonoit ainsi qu'une furie.
Qu'ores je viens soigneux appandre au saint autel
Des neuf soeurs d'Apollon, pour trophé immortel,
Et pour preuve de moy qui accourt pour apprendre
De leur divin troupeau, cela qu'il faut entendre,
Pour d'un son bien plus doux, quelques vers entonner
Et quelque faict piteux plus gravement sonner.
Car qui n'a la faveur de ces neuf soeurs jumelles,
Il ne fait plus que cil qui conte les abeilles,
Que le tin va couvant sous sa tendrette fleur
Pour mieux tirer le suc de leur douce liqueur.
Je ne leur donne pas tel present que toy Perse,
Ni un tel que jadis leur presenta Properse,
Je leur donne sans plus ce que mes jeunes ans,
Ont limé au repos de leur beau verd printans,
Don que j'estime plus que les perles de l'onde,
Que le nil tient caché sous sa gorge profonde,
Car je leur fais present de ce qu'elle ayme mieux
Que le reste qui est sous la voulte des cieux.
Aussi c'est le seul don, que leur troppe demande,
Et le seul nourrissier de leur troppe, et leur bande.
Et c'est pourquoy je viens leur presenter ces vers,
Comme le don plus cher de tout cest univers,
Bien que quelque envieux tel que ce sot Prothée,
Par qui toute fureur est toujours infectée :
Et qui ne trouve bien, que cela qu'il a faict,
Tant ce monstre odieux est faux,et contrefaict :
Qu'il ne le trouve par ourdi à son plaisir,
Si ne peult il pourtant renglacer mon desir,
Si ne peult il encor', amortir mon dessin
Que je ne le conduise à son port et sa fin,
Qu'il die que le don qu'à ces soeurs or' je donne
N'est pas correspondant à leur sainte personne,
S'il dit qu'il est petit, je dis, & si m'assure,
Que d'un aussi bon coeur il en prendroit la cure,
Que s'il estoit plus grand, car ell'n'ont pas appris,
De cherir moins celui, qui avecques mespris,
De tout jargon appand quelque petit ouvrage
Que cil qui peult porter, quelque peu davantage.
Elles font plus de cas de coeur, que du presant
Et fut quatre cens fois plus que le jour pesant,
Le gentil coeur qui va humblement à leur bande,
Pour leur faire un present, ou quelque basse offrande
Est toujours mieux receu, & d'elles mieux aimé,
Que cil qui sans esgard, a long temps parfumé
D'encens, ou d'autre odeur, leurs autels, et leurs temples
S'il n'i va de bon coeur, encor' que l'offre est ample.
Comme un pauvre becheur, qui au jour consacré
De faire les offrandes, espand de quelque pré
Les senteurs verdoians, ou quelque violette,
Qu'il a soigneusement gardé dans sa logette
Pour consacrer aux dieux, comme quelque grand don.
Est aussi tost receu, que cil qui pour guerdon
Appant à leur autel les voix d'une Chorite,
Où est quelque graveure à l'entour bien escrite.
Ainsi ces doctes Soeurs prennent d'aussi bon coeur
Les vers d'un poste bas, que ceux d'un grand sonneur,
J'en aurai pour tesmoin le grand sage d'Athenes,
Qui jamais ne vouluut que les offrandes humaines
Feussent faicts à despens, car il dit que les dieux
Sont riches sans leurs dons, & qu'ilz aiment trop mieux,
La seule affection, que toutes autres richesses
Qu'on porte à leurs autels, en signe de largesses
Ou s'ilz cherissoient plus celui, qui plus offroit,
Ou qui donneroit le plus, qu'à ce conte il faudroit
Que les hommes pervers, à qui soubsrit Lucine
Feussent plustost cheris, de leur bonté divine,
Que les bons, que Junon n'enrichit de thresors
Mais que le plus souvent elle chasse dehors,
De son riche manoir, car elle ne reserve,
Les richesse à ceux là qui vont apres Minerve.
Ainsi le sot jargon d'un tas de tels blasmeurs,
Il ne peut destourner, que je n'offre à ces soeurs,
Cela que j'ai ourdi, pendant que je caresse
Leur train Hymelien, evitant la paresse,
Qui appatit noz coeurs en un estroit lien,
Plus douteux que n'est pas l'effort Idalien
Ainsi en despit d'eux, j'aurai tousjours envie
Tant que Clothon tiendra le bref fil de ma vie :
De presenter mes vers aux neuf Soeurs d'Apollon,
Qui peuvent repousser tel orage felon,
Compaignon de celui, qui desseine, & propose,
De toujours leur livrer tout cela qu'il compose.


SATYRE II.

     Que l'homme est aujourd'huy en ces faicts trop divers,
Qu'il est fat, & mutin, qu'il est sot & pervers.
Mas que dis-je pervers, ose le bien mesdire
De cil qu'un chacun craint, & qu'on ose desdire,
De cil qui est si fort, & qui me peult bannir
Voire de mon païs, si je veux soustenir
L'injure, que je fais à sa haulte puissance,
Et à sa dignité, qui est libre en la France
Qui vit comme il luy plaist, reste que devant ces jeux
Il a tresbien l'honneur, & la crainte de Dieu
Mais sa foli' le fait, en tous lieux despriser :
Encor' qu'il gaste tout, & je veux l'offencer,
Non, non, escoute un peu, & crois que ce n'est moy,
Qui ronge, & qui reprend, ni les meurs, & la foy.
Mais t'avertir je veux, de ce que dict, & chante,
Chasque nuict de tes meurs, une voix larmoyante,
Qui aupres de mon lict, des-ja par quatre fois,
Sillé d'un doux sommeil, rend de ces grans abois,
Mais que l'homme est malin, me dit elle en pleurant,
Puis arrestant un peu, elle vient en courant,
M'embrasser, & me dict, ces nuisantes parolles,
O des humains les entreprinses folles.


SATYRE III.

     Que le monde est en ces habits muable,
Qu'il est soigneux, de ce rendre admirable,
Par un habit, qui le peult desguiser,
Or' le verrés pour trop mieux courtiser,
Tout affeublé d'un chapeau sus sa teste,
Levant le bec, tout ainsi qu'une creste,
Ores abaissé, & tout ainsi qu'un plat.
Il vous applane, & contrefaict le fat,
Ce n'est pas tout, pour luy donner beau lustre
Encor' fault il qu'il vous face le rustre.
Et le chapeau tout autour tout autour enlassé
D'un cordonnet, tresbien entrelassé
Or' pour mieux plaire aux gentes Damoiselles
Il faut la perle au dessous ds oreilles
Aux deux costez il y a deux boutons
Pour elever deux petits cornichons
De ce chapeau, pour plus estre eveillé
Et des oreilles qu'il n'est essoreillé,
Encor' faut il pour mieux la caresser,
Dessus les yeux mistement l'abaisser,
Mais quoy, voici un espagnol qui porte
Le beau chapeau, d'une nouvelle sorte,
Il faut qu'il voye, & qu'il contemple aussi
Comme il pourra le porter tout ainsi :
Ha il y fault un cureden qui balle
Sur ce chapeau, ainsi qu'une medalle,
Fait il trop chault, il luy faut petit fond
Sans relargir bort qui est tout rond,
Il fault couvrir de quelque drap de soye
Qui le colore, & par dessus ourdoye
Ou autrement il n'est pas bon garçon
S'il ne s'abille à la brusque façon.
Il faut au col deux cordons qui brandillent
Car les Tuscans en la sorte s'abillent
Et les cheveux quant & quant faut friser
Ou ce seroit la mode despriser,
Il faut un saie à petite tassette,
Des cornichons, en mode de sonette,
Il faut aussi qu'il soit passementé
Et moucheté, presque de tout costé
S'il veult porter un beau saie à la ristre
Encor faut il qu'il ayt part ou le tiltre,
Et de la chausse il en faut bien parler
De la matiere & façon diviser,
Mais quoy pour brefvement bien dire,
Je ne sçauroy, sans long discours escrire
Quant j'apperçois la façon desguiser
De jour en jour, pour ce mieux courtiser,
L'homme n'est plus cogneu en sa chaussure
Par trop souvent desguiser sa nature :
Il semble à voir que les vens d'AEolus
Soient maintenant dans les chausses perclus,
De toute part il se fait regarder,
Chausses bouffantes, pour ce mieux bragarder
Aiant le cul plus gors, & plus enflé
Qu'un tabourin, ou qu'un boeuf bousouflé,
Qui faict la chausse, grosse, bouffant, enflées ?
C'est le coton, & estouppes meslées,
C'est mouce verte, & des chevaux la crine,
Qui la desguise en forme de marine,
Et qui plus est d'une nouvelle ruse
Pour mieux enfler, d'une seringue on use
Et puis au bout en forme de canon
La decoupure, à la brusque façon,
Le taffetas tout autour du genou
Peur qui soit veu, d'estre au jarret galou,
Et pour monstrer qu'il a la cuisse entiere,
Il faut avoir la belle jarretiere,
Houpe pendant au but, ou aultrement
Il ne seroit habillé brusquement.
Quant au soulier pour estre un peu plus brave,
Il fault picquer, car un mangeur de rave
En porte bien de cuir comme monsieur,
Pour bien monstrer, que c'est un grand seigneur
Et qu'il peut bien aux villains faire vafre,
Il faut qu'il soit troué d'une balaffre
Ainsi sera il congneu plus courtois
En ces souliers que ces mangeurs de pois :
Mais dira l'un au convent ces bons freres
Ont des souliers d'une telle maniere,
Vrayement encor' je n'i avois pensé.
Mais il n'i a du passement dressé
Sur chasque bort de ceste decoupure.
Passons avant, je n'ai souci, ni cure,
Si ces fratres ont leurs souliers couppez,
Puis qu'ils ne sont de soye enveloppez.
Et tien apres est-ce là tout pour estre
Veu en habitz entre tous les grant maistre,
Non, car encor' il reste le manteau,
Où il y a beaucoup plus qu'au chapeau
Qu'au saye ni qu'a la chausse large
Où nous mettons des estouppes & la sarge
Plus qu'il n'y a encor dans le soulier,
Car il ia à faire à le plier,
A l'acoustrer à la nouvelle mode,
Comme on la porte aujourd'huy dedans Rhode,
Dans Angleterre, & dans mesme la court
Où il le faut tantost long, tantost court,
Mais pour le moins si faut il qu'il soit miste
Non simplement comme est vestu l'hermite
Sans affiquetz, mais avec onrements
Car se seroit rompre tous les serments
Du temps present, mais il faut bien descrire,
De quelle sorte, il le pourra elire :
Il fault qu'il soit faict à collet quarré,
Et tout autour, d'un sillon bigarré
Il le fault ample affin que sur l'espaule
Il se flechisse ainsi que d'une gaule,
L'escorche seiche, & faut pour l'accrocher
L'agraffe aussi d'argent, pour du rocher
Le garantir, car il est de coustume
De ce frotter, pour eviter la rume,
Il a le col saisi du hault collet,
Qui le tient chault si sçait bien son rollet,
Et qu'il entende à le porter en homme,
Qui peult sentir le pas d'un gentil-homme,
Par ce moyen plus en sera prisé
Qu'un qui sera en cela moins rusé,
Pour l'accomplir il y fault des houppettes,
Ainsi qu'au saye, ou bien quelques mouchettes,
Et au derrier' il fault des longs filons
Passementé en forme de rayons,
Car c'est la mode, ou qui n'est entendu
Pert le loyer qu'il avoit pretendu.

Mais pauvres gens aveuglez que vous estes,
Ne craignez vous les flammes trop secrettes,
L'ire du cil, qui là hault dans les cieux
Voit voz abuz, du rayon de ces yeux ?
Ne craignez vous son foudre, & son tonnerre,
Qui renversa les geants sur la terrre ?
Ne craignez vous pauvres sots aveuglez,
Pauvres animaux, pauvres gens dereiglez
Le fleau ardant, qui de sa main vangeresse,
Brandit sur ceux, qui en toute liesse,
Et en habitz consume leur meilleur,
Sans avoir peur de facher le Seigneur ?
Tel grand Seigneur vous rendra miserable,
Et a bon droit, & d'un crime damnable
Fera sentir à vostre grand orgueil,
Que c'est d'avoir mis à mespris son oeil,
Son oeil qui voit partout, & ce que la courtine
Tient dessous elle, & qui ceste machine
Fait estonner, au poureux tremblement
Des grans esclairs par son commandement.


SATYRES IIII.

Qu'est-ce aujourd'huy du monde, un singe miserable,
Qui ce gêne, & tourmente, & qui ne scait comment,
Il se doibt desguiser par un habillement,
Qui le rend aux enfans, & grand, & admirable,
Et tel qui est bragart, n'a possible à sa table
Du pain pour son repas, encor' rustiquement
Ce paist d'un pain moisi pour tout contentement,
Qui ayme à bragarder, que de n'estre honorable.
Mais (contant) je ne sçai si tu voudrois manger
Du pain bis, comme fait, quelque pauvre berger,
Pour affamant la bouche estre veu miste et brave,
      Mais j'aimerois bien mieux, manger mon saoul de pain,
Et boire de bon vin, pour eviter la fain.
      Qu'en me faisant bragard, ne croquer que la rave.

FIN.


A VN ENVIEVX
oultrecuidé.


Celuy qui plain d'outrecuidance,
      Ce veult bander encontre nous,
      Ne sent le pris de la vengeance,
      Dont Apollon nous arma tous.
Et Orphelin de telle force,
      Ne nous sert sinon que d'amorce
      Et que d'enhardir nos esprits
      A esguiser un fort iambe,
      Tel que cil qui meurdrit lycambe,
      Pour mieux avorter leurs escrits.
Car la fureur qui nous enflamme,
      Ne s'asubjecte aux torbillons,
      D'une langue qui tout diffame,
      Par ces vipereux eguillons,
Mais tout ainsi qu'une fumée,
      Qui des brandons est animée
      La laisse evanter dedans l'aër
      Et depitant sa course urlante,
      Comme serve, d'un sot, pedante
      Se rit de l'escouter parler.