Satire et Poésie Satyrique
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Edito :
Ce site se veut une approche de la poésie satyrique du début du XVII siécle, et essaie de rendre compte de manière plus générale de la Satire Classique au XVI et XVII siécle.


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Roger Maisonnier
Satire.
dans
Les Reigles de Droict, Civil et Canon, Mises par Ordre en nostre Langue avec ung petit Commentaire,
Poitiers, Bertrand Noscereau, 1557, ff. K3v°-L5v°




Orthographe utilisée : Les accents et les signes diacritiques sont employés de manière assez disparate, ainsi, nous conservons la cédille, très employée, pour les sons [S] mais non pour [K], nous conservons le système d'accentuation assez hétérogène, mais nous distinguons a/à, ou/où, nous conservons l'esperluette. Nous rajoutons entre crochets des apostrophes afin de faciliter la lecture des mots agglutinés.
Nous éditions le texte d'aprés l'exemplaire de la BNF : Rès. F 2208

* LES
REIGLES DE
DROICT, CIVIL ET
CANON, MISES PAR ORDRE
en nostre Langue avec ung petit
Commentaire.


* *



A MON-SEIGNEUR ROLAND
Barton Abbé de Soloignac.



*
* A POITIERS.

* De l'Imprimerie de Bertrand Noscereau.
& se vendent en la Boutique de Jan Moine.
& en la grand Salle du Palais.

1557.



                           SATIRE.

Que ne pren-je une plume, à cell'-fin que je trace
Ton nom, mon BETHOLAUD, que d'une palle façe,
D'un mauvais œil lira l'envieux, courròuçé
Qu'à mi-course tu l'as surpris & devançé.
Combien que le Dieu Mome, aille baissant la téte,
Aprouvant d'un clein d'œil, un labeur si honéte
Il mordra tant ses dois, et ridera son fronc
Qu'apres il trouvera un neu dedans le jonc.
Et encores voiçi le savetier se mêle
De juger de la robbe, en la table d'Appelle :
Mais-quoy, je parle trop : car j'ai peur de courir
Dans le meme dangier, te voulant secourir :
Ma plume tu devrois, plus pres de la barriere
Tenant le frain plus court, donner moins de carriere.
Et quoi donc, je craindrai, çes grands nés envieus
Qui me vouldroint jetter la pouldre dans les ieus ?
Me contraingnant de perdre en sa voie traçée,
Mon trait baissant son blanc à une autre visêe.
Mais non, ilz ne sçauroint, plustot à leurs çent yeus
Ilz verroint retourner un Mercure des Cieus.
Je sçai bien que je di, les hommes ne sont qu'hommes,
Ce ne sont pas des Dieus, ilz sont telz que nous sommes :
S'ilz se rient de moi, je me ri d'eus, ainsi,
Ilz ne me reprendront, sans çe reprendre aussi.
Sus donc, mon BETHOLAUD, fai, contre çett' envie,
Courageus, arme toi d'une double furie.
Quand le mas balançant, suit le flot etranger
On doit à d'autres vens d'autres voiles changer :
Plutót que de changer se proue encor' entiere.
Si Milon n'eut laché sa secousse premiere,
Le chene il eut rompu : le fais charge deus fois
Celui qu'un desespoir fait ploier sous le pois.
Cire tousjours l'oreille au Quintil qui meprise
Un chascun, pour lever plus hault son entreprise :
Et Ulisse, second dans les sableus detrois
Tu noieras encor les filles d'Achelois
Ta plume jusque au Ciel feroit voler ta dextre,
N'etoit le contrepois, qu'apend a la senetre
Cette envie mais-quoi ? à la fin on verra
De quel pois la balançe à terre baissera :
Et voi le beau Soleil, que les deus Tindarides
Amenent sus ta nef, & de leurs yeus humides
Ilz te montrent la route apres le mauvais tans.
Faisant tumber à plat les flos s'entresuivans,
A çell' fin que vainqueur tu emportes la palme,
Et come un liege sec dessus l'onde plus calme
Tu nages sus la haine. Ainsi un bon Jupin
Jusques au port heureus conduise tou chemin :
Et je voye une fois, que la méme sagette
Tourne du méme coup contre son Philoctete.
Encores si tu veux çette envie donter,
Tien la bride à plein poing, sans jamais t'aréter :
Coupant sept fois d'un coup, jusques au chef septième,
Ce monstre renaissant avec sa plaie meme.
S'assoyent immortelz à la table des Dieus.
Tout çe qui pend dessoubz le çercle de la Lune,
Tout çe que va bornant l'un & l'autre Neptune,
Est subjest à la mort & à çe sort divin,
SI n'est que Dieu nous file un plus heureus destin.
Et la honte naissant avecque le médire
Comme desja lassés du chemin nous retire,
Nous aiant peu à peu de nostre cueur oté
L'espoir dous, qui l'avoit d'un dous miel alletté.
Mais or, ma Muse, tien, tire moi de la trousse
Un autre trait, affin qu'encores je le pousse.
Je sçai bien que, louant ainsi mon BETHOLAUT
Je ne perds point mon coup, pour le jetter trop haut.
Mais je crains qu'à la fin ma corde ne soit lâche,
Pour çe que, sans changer, un seul trait je délache.
      Où doy-je commençer, & où doy-je finir ?     [Dans la marge : La Satire / commence]
J'ai peur de ne pouvoir à mon but parvenir,
Et voulant d'un chacun mercher la vie folle,
Cet AEthna trop pesant charge trop mon espaule.
      Il n'i a rien pareil au monde & rien egal :
D'heure en heure un chacun, tourne son gouvernal :
Cet çe qui nous laissant à my notre brisée,
Empesche de courir plus loing notre pensée.
Paulin marche aujourhui plus roide qu'un Pasquaut,
Qui s'en court au Palais pour rabatre un deffaut :
Demain çe n'êt plus lui, soiméme il se surmonte,
Croissant plus haut d'un pie, & tous ses pas il conte.
Quand l'on est en la ville, aus chams etre on voudroit,
Des chams étre en la ville, & ainsi il faudroit
Qu'un home fut tousjours un Gerion troisieme,
Trois en un, un en trois, divers en un corps méme.
He Dieu quel changement ! un homme tousjours fuit
Ce qui le suit, encor ce qui le fuit il suit :
Et il ne prise rien çe qu'il a, mais il prise
Le bien de son voisin, lequel aussi meprise
Le sien, prisant l'autrui, ainsi à son espoir
Il lui faudroit un monde, & plus qu'un monde avoir :
Et encore je croi qu'aiant tout de soi-méme,
Il ne seroit content & l'Avarice bléme
Le feroit émaier, s'il ni a point encor
Un monde à conquêter, ou un autre tresor.
Bien, mais qui pourra doncq' avecques çes gens vivre
Aveugles en plain jour ? il ne les faut point suivre,
Se faisant suivre à eus : il faut tousjours bravant
Mépriser un chacun, & encor bien souvant
Un plus sçavant que toi que ta barbe sçavante
Plus que ta plume, ou bien que ta langue te vante ?
Veus tu avoir du bien ? morgue, veus tu avoir
Bon renom ? morgue encor, ou bien veus tu sçavoir
Autant comme Platon ? morgue, jusques à l'heure
Que tu voies s'enflant que la grenoigle meure,
Si tu as une fois gaigné filz du bon-heur
Le dessus de la rue, ha naies plus de peur,
Or que tu sois brigant, faumonoieur, fautsaire.
Le bruit sera tousjours qu'on croie le contraire.
Derobbe il t'est permis, ba, frape, il t'est permis :
Ou si tu peus songer de faire encore pis.
Ta bonté te permet tout, fors que de bien vivre
Si tu m'as derrobé, plus tost que de poursuivre
Le saie, j'aime mieus perdre encor le manteau.
Car tous les larrons sont en un meme bateau.
Et s'aident l'un à l'autre : Ils n'ont qu'une fasch'rie
C'est, que Dieu de mil yeux, voit leur mauvaise vie,
Qui apres punira çes autres Promethés.
Tant plus que Dieu attend, de nos meschansetés
La peine en est plus grande, & notre consçiençe
Nous méne nous punit d'une juste balançe.
La maliçe, prenant le masque de vertu
Le trait veut emousser de l'œil, qui est deçeu :
Et come le Polipe, ainsi qu'on le pourchasse
Renaist en nouveau cors, & en nouvelle façe.
Mais je voudrois qu'encor un Hercule vesquit,
Qui en si divers cors çet Achelois conquit.
Un home bon est sot, un saige est béte
Honéte est un avare, & un prodigue honéte.
Noz yeus sont eblouis, & il n'i a que Dieu,
Qui voie la vertu, des viçes le millieu.
Un te montre ton cor, montre lui sa verrue,
Et à la fin, tous deus vous baisseres la veue,
Regardant, d'un coin d'œil, pandre tant de pechès,
Qui dans l'autre besasse, etoint tousjours cachès.
Non, je panse qu'Argus, à tout son œil çentiéme,
Seroit an ses pechés un autre Poliphéme.
Celui, qui de vous deus, tous deus folz, cuidera
Le plus saige etre, encor le plus fol il sera.     [Dans la marge : A limi-/tation / d'Hora-/çe]
P. j'ai envie de rire, & qui sera donc sage ?
A. Un sage. P. Mais qui l'est. A. qu'on voie ton visage,
Marche, regarde moi, quel œil Socratien,
Qui vit severement sous un front Stoiçien :
Oui, mais tu ne dis mot, vraiment je croi qu'encore
Tu seras un Socrate ensemble un Pytagore.
P. moi que je ne dy mot, qui sçai tout ? dy pourvoir,
Dy, que ne sçays tu point, & m'oi jusques au soir.
P. Le cam passe les Mons, le Roy. A. non je te prie
Ne parlons point de Cam, car bien je me deffie,
Nouveau Pirrhe, qu'encor poureus tu t'en-fuirois,
Si quelcun t'assailloit : faisons pour çette-fois
Treuves aus Bourguignons, & mettons bas les armes :
Le Roy envoie asses de Seigneurs & gendarmes,
Qui l'Aigle plumeront, le sage de BRISSAC,
Le vaillant MORTHOMER, & le brave SANSAC :
P. Bien, puisque tu le veus, ne parlons plus de guerre,
Tournons, Hector nouveau, pour garder nostre terre.
Tout se brouille à Poitiers, & on ne parle plus,
Que des bons creançiers, & faire des côquus :
Celui est mieus cônu, qui doit de rue en rue
On l'honore, on le suit, un chacun le salue.
Si y a il beaucoup de telz, qui bons François
Se vantent, mais pourtant ilz craignent les Anglois.
Vois-tu bien çelui là, qui d'une mule lasse
L'eschine fait ploier, mesure lui la façe,
Dans son large & quarré elle tient quatre empans :
E je croi, du Geant Tithie les arpans,
Couvreroit aisement sa grand pançe etripée.
Voi apres son Jacquet, pour avoir sa lippée,
Va baisant tous ses pas, le sert, le suit, le craint,
Et puis, come en la Cire, il se moule, il se paint
Dans son esprit, sa façe, & luy faisant serviçe
Se met en mille cors affin qu'il le nourrisse
Mais pourquoi rys tu tant, je pense bien tu ris
De çes dames, qui font chanter sur leurs maris,
Le coquu, ou de çeus, qui vivent en pauvresse,
Apres qu'ils ont, gourmans, avallé leur richesse.
A. par Dieu je me ry deus & si me ry de vous,
Montres vous tous le doi : Car vous étes tous fous.
Qui est çe qui pourroit faire plus de folies,
Que toy homme de Dieu, qui ainsi te souçies.
Ton voisin mange tout, tu ne seras pourtant
Bélitre avecque lui, si son bien il despant.
Une femme fait mal, bien, qu'en as tu affaire,
J'ay peur que ta Marulle encor te façe pere
D'un Maure, d'un Camus, & le Verdun deçeu      [Dans la marge : Marçial. ]
Apate dans son nid, les petits du coquu.
Si nous nous meslons tant des affaires des autres,
Je crain que d'autre' aussi ne se meslent des nostres.
Je dirois bien de toi, que l'on t'estime un chien,
Rongeant le bien d'autrui, pour espargner le tien
Qui est encor petit, & je croi, que la mine
Couvre aisement le feu de ta froide cuisine :
Pense tu, mon esprit ne me fait comme toi,
Cherchant le bien d[']autrui sortir hors de chés moi.
Mille choses je scay, que tu as bien affaire,
Mais asseure toy bien, que je n'en ay que faire.
Vivons presentement, Dieu mect en nostre main
Les heures d'aujourdhui, non çelles de demain.
Je voi bien, un gros ventre, un Roi de bonnes chere,
Lequel se faict trainer, dedans une lictiere.
Toute pleine de lui : un autre digerant
En sa panse son bien, court ja au demourant.
Mais pleut à Dieu, qu'encor un autre Diogene,
Vint revivre à POITIERS, une seconde Athene.
Celui est bien-heureus, qui tout seul a vêcu,
Se conoissant soi-mesme, & de tout inconnu,
Sans qu'à mi-nuit, l'alarme en sursaut le revéille,
L'empeschant de dormir sur l'une & l'autre oreille,
Ou le flot estranger, noiè ballant sur l'eau,
Au ventre des poissons bâtisse son tombeau.
Encore que ne sont plus loing de la BRETAIGNE,
Et la Mort, & l'Enfer, qu'ilz sont loing de l'ESPAIGNE.
Et tant que le Soleil regarde de ses ieus,
Doive une-fois mourir, si est-çe qu'il vaut mieus
Sans bruit secretement vivre en la maisonnette,
Où l'on ne puisse entrer, sans qu'on baisse la teste,
Où se pende, en fillant l'hiraigne, & en chassant
Ouvre toute sa toille : où le vent s'abaissant
Ne choisisse si tot & combatte la fête
Que d'une tour qui veut dresser trop haut la téte :
Puis il aye un jardin, où il vienne conter
Ces septz : d'une heure à autre, & ses arbres anter.
Ainsi vequit Aglae, en la basse Arcadie,
Qui avoit dans son cham, passé toute sa vie :
Et puis, apres sa mort, par l'oracle des Dieus
Fut de tous les vivans jugé le plus hureus.
Mis l'ame d'un Milour bouconnée ou sanglante
Là bas errant çent ans de ça le bord lamente.
Si Dieu le fait plus riche, & que dedans ses chans
A voller tout un rond il lasse deus Millans :
Tout ne luy va que mieus, si de sa grand pauvresse,
Veut avoir souvenançe en sa gr[a]nde richesse,
Ce second Agathocle, & pour trop se priser,
Honteus, il ne se fait à la fin mépriser.
Mais je m'en vois fuyr, à fin-que je m'eschappe
De çe long babillard, & l'autre ne me happe.
Mon Dieu ! voi me-çi pris : déja tremblant de peur
Je sens jusqu'aus talons degouter la sueur.
Et bien, que dit Gerard, le pere des nouvelles,
Lequel voit de mil ieus, & oit de mill'aureilles,
Tout çe qu'on fait, qu'on dit, à la ville, ou au chams.
G. Hier voiant venir, apres le mauvais tams,
Un beau jour, je sorty pour m'en aller ébatre,
Et trouvant à mon gré compaignie follatre,
Un grand mulet je vi tout chargé de flacons,
Lequel faisoit escorte à quatre compaignons :
Je les voulois suivir, & faire le cinquiesme,
Quand eus, se regardans d'un visaige aussi bléme
Qui s'ilz voioent la Mort, ilz se disoient tout bas
O quel ecornifleur ? lors come une asne las
Quand il est trop chargé, les aureilles je baisse :
Mais quoi, ilz ont beau faire, affin-que je les laisse :
Encor qu'ilz me diroient mille adieus milles fois,
Par tout un bon gré malgré les flacons je suivrois.
Nous marchame apres une grande poudriere
La ville nous cachoit, laissé par derriere,
Un petit vent d[']esté d'un soupir atiedi
Chassoit parmi les champs la chaleur du midi,
Quand voiçi l'un d'entreus à la fin se reveille
Comme d'un somme & dist comment ? je m'emerveille
Que le propros nous faut : nagueres deus ou trois
L'un l'autre s'empeschoient parlans tous à la fois.
Ja le Soleil est haut, & ses grans trais retire :
Ne perdons point le tems, il n'y a que de rire
Quand l'on est sur les chams, de babiller, jaser.
Or je commençeray, je vous veus deviser
Des çes nouvelles gens qui se pansent plus sages,
Que tant d'hommes divers de tans de divers ages.
Mais je prendray plus haut & feray des cent ans
Nostre propos venir jusques à nostre tans
La guerre étoit assés & cruelle & terrible,
Sans qu'on la fit encor plus sanglante & horrible.
Ce n'est rien de tuer un homme seul d'un coup :
Il faut faire un engin qui en tue beaucoup.
En çet age quatriéme, apres que la maliçe
Eut armé en plain camp l'envieuse avariçe,
De la gaule à la reau une lançe, & aprés
Fit de la faus l[']épée, affin que de plus prés
Encore de plus loin, par une plaie on chasse
Une ame hors d'un homme : il faut qu'en méme espaçe
Un homme seul d'un coup emplisse de Charon
La Nef lasse du pois, qui lasse l'Acheron.
On a deja trouvé une pouldre puante,
Qui jette un seul poisant de la gorge fumante
D'un gros monstre d'airain, & tonne un son plus grant
Que le chaut combatant en lair l'autre elémant.
Je crain qu'encor Jupin sa torche sans fumée
Elançe une autrefois desus çe Salmonée :
Et çette nouveauté soit le juste bourreau
Du forgeur, comme fut, Pericle, ton taureau,
De çes bâtons cruelz la Guerre plus cruelle
Fait, pour la bâs desçendre, une voie nouvelle.
On ne vit qu'une vie une fois en un corps
Mais elle est mille fois sujette à milles mors
Voi un pronostiqueur, encor fis de la terre
Les astres échelant renouvelle la Guerre
Des Cieus, & maugré eus les pense gouverner,
Un autre gouvernant l'enfer veut deviner,
Et ne peut toutesfois deviner grosse béte
Les bons ou mauvais jours qui pendent sur sa téte.
Comment ? vous vous moqués que satiriquement
Je ne ry mais, plustôt je bruy tragiquement :
Et quoy doit lon parler des Enfers, de la Guerre,
Sans horreur sans efroi ? d'un vers trainant à terre ?
Une fraieur nous dois tenir par les cheveus
Un Enfer, une Mort se peindre dans nos yeus,
Quand nous parlons du Camp, & la carte croissante
Doit sous les mos enflés aparoitre sanglante.
On doit bien autrement une plume tailler,
Quand l'on parle de Pais, ou bien de batailler
Mais tout cecy est vieus, encore qu'aus plus sages
Il soit toujours nouveau, & qu'en divers usaiges,
En diverses façons d[']autres canons l'on faict :
Car rien n'est commencé & ensemble parfait.
Et apres les premiers pronostiqueurs infames
Nous avons à Poitiers des nouveaux Nostradames
Or laissons çes Devins, ses fous Pronostiqueurs :
Tornons nostre chemin à çes beaus harangueurs
Qui ne voulans marcher sur les pas de nos péres,
Volent en un autre aer de leur aeles legéres :
Mais je pense à la fin ouir encor nommer
Du nom de çêt Icare une nouvelle mer.
L'un dit qu[']il faudroit vivre encor une autre vie,
Pour lire d'un Jason la longue jaserie :
Et en faisant la figue, à tous nos bons vieillars,
Fait sur leur chaperon mille nouveaus brocars.
Pauvre sot, tu médis du bon homme Barthole,
N[']etoit luy tu irois encores à l'école.
Mais regarde ceus çy, qui encore une fois
Remettent les Romains en la main des Gaulois.
Ja Ulpian se rend, & se souvient à peine
D'avoir jamais parlé une langue Romaine :
En François il adjourne, & il juge en François,
Trainant deça les mons, les pelerines lois.
O merveilleuse chose & encor merveilleuse
Si un jour parvenoit à une rive heureuse
Ce labeur tant prisé, & non asses prisé,
Je crain qu'un desespoir l'aiant trop loin chassé
Ne le remette à l'anchre, & une longue treve
Empesche que jamais çe Babilon s'acheve :
Ce qui est profitable, est diffiçile aussi.
Et la gloire est toujuurs la fille du souçy.
Je n'aime point çeluy qui sans raison méprise,
Pour-çe quelle est nouvelle, une bonne entreprise :
Il faut que çeluy là, qui un œuvre reprend,
Sache plus que çeluy, qui un œuvre entreprend.
Ceus qui çet entreprise empeschent à çete heure,
Un jour mieus avises, la trouveront meilleure.
Non, l'on dit que les lois, sont semblables aus rés
Qu'en l'aer tend une hiraigne, elle ne prend iames
Les barbos, come ell['] prend les mouches trop legeres,
Qui ne pouvans passer demeurent prisonnieres :
Mais s[']il avient qu'un coup elles parlent François,
La Mouche choisissant quelques chemins plus drois,
Se sauvera souvant, & à juste balançe
Le juge decouvert poisera sa sentençe.
Quelqu'un tournant le nes, & levant les sourçis
M'oiant ainsi parler, dira que je les suys :
Non je ne les suy point, & encor je méprise
Tout pour sa nouveauté, ou bien moins je le prise :
Si je ne veoi à l'œil, que céte nouveauté,
Est conjoincte au profit, & à l'hounéteté.
Si je loue beaucoup leur hardie jeunesse,
Je crains aussi beaucoup leur couarde paresse.
Tant plus que l'on est jeune, on a l'esprit meilleur
Il faut tant seulement avoir toujours bon cueur.
Si un jeune homme gaigne, on en donne la gloire
Plutót à son bon-heur qu'à sa bonne victoire :
Toutesfois son bon-heur est d'autant mieus connu,
Que sans qu'on l[']esperât, il luy est avenu.
Cæsar d'une bataille a surmonté l'envie
Pompé, & avec luy les triomfes d'Asie.
Bien, encore je pren qu'ils soient diligens,
Quels on veoit peu souvant étre les jeunes gens :
Ils sont toujours François, &, trop grande inconstançe,
Ils ne veullent aprendre une seule sçience.
Ce divers changement fait qu'ils ne sont jamais,
Comme Atales, nouveaus en un sçavoir parfais.
Notre vie est si brieve, & encor est si grande
Chaque sçiençe apart, qu'un homme elle demande.
A peine as tu le nom du grand Papinian,
Aiant laisse çeluy du grand Justinian,
Et tu méles encor dedans ta fantaisie.
Dans ton çerveau brouillé les lois, & la poesie,
Non un clou pousse l'autre, & je crain que Bachus
Ne ravisse à la fin Céres pour sa Venus.
Encores il parloit quand un rire s'eleve,
Qui fait que maugré luy le propos il achéve :
Comme il y a des gens importuns & fascheus.
L'un comme la Corneille en rouillant ses gros yeus
Lui dist, çeluy vrayment est bien niais qui pense
Egárer son esprit en diverse sçiençe,
Et (voulant un chacun estimer selon soi)
J'ay bien deja donné trois bons ans à la loi,
Et encore une fois mon cours je n'ay peu lire.
Un autre se cachant de son manteau pour rire,
Trouve tout impossible, ha l'on n'est jamais tant
Ou reprins ou moqué, que du plus ignorant.
Il pense tout sçavoir, jamais il n'estudie,
Et aus gentils esprits a ne sçay quelle envie,
N'etant point envié. l'on veoit le plus souvant
Un sot fis de la Terre avoir plus qu'un sçavant,
Lequel est fis du Ciel, toujours, toujours la Terre
A quelque homme sçavant meratre fait la guerre :
Meratre elle luy nuit, affin que le badaut
Elevé de sa main puisse, monter plus hault.
Jupin de tant de biens aus siens ne donne encore
Que çeluy qui demeure en la boete à Pandore,
L[']esperance, mais quoi, j'aimerois mieus avoir
La couronne d'un Duc, qu'être Roy en espoir.
A. Or acheve Gerard, que disoit le quatriéme
G. Il étoit tout faché & d'une façe bléme,
Regardant de travers les autres, il leur dit
Messieurs, il m'est avis qu'un homme qui médit
N'est jamais plus loué pour baver & médire.
Ceus de qui vous riés, ils n'en feroient que rire,
S'ils le sçavoient : encor ils ont beaucoup sur vous
Qu[']ils sont mocqués d'aucuns, mais vous l[']étes de tous.
Et quoi, vous penses donc qu'egallement Dieu donne
Tousjours un méme esprit a diverse personne,
Et une raison méme, ainsin un vigneron
Pourroit quelquefois étre un nouveau Ciceron :
Nus verrions encor milles ames gentilles
Faire vivre entre nous milles nouveaus Virgiles :
Mais çela est bien faus : car méme la nature
Si montre étre diverse en diverse figure.
Les cinq mons de la main autrement s[']élevans,
Les trois lignes, les dois ou plus cours, ou plus grans,
La barbe noire ou blonde, & les trais du visage
Nous montrent tout le cours de la vie & de l[']âge :
Sçelon les bons regars, qui jettent les sept Dieus,
Selon les élemans, qui sont mélés entre eus :
Toutesfois plus ou moins en Paris qu'en Thersite,
En Neron qu'en Auguste : & font que l'un evite
Ce qui abat un autre : un colere est plus vif,
Un homme humide est mou ou plus terrestre & oisif.
Cetuy çy a tousjours affaire d'une guide
Et d'un épron soubdain, çetuy là d'une bride.
Voi-en-çy un, qui peut sçavoir également
Cinq ou six ars ensemble, encor parfaitement :
Voi un autre qui veille à une seule étude,
Et ne peut rien sçavoir, tant son esprit est rude.
Mithridate parloit en vingt & deus langaiges,
Et Crassus en un an aprint les cinq usages
De la langue des Grecs : encor de nostre tans
Du regne de HENRI, combien d'hommes sçavans
Trois langues parlent bien : & je ne croi que la Françe
En auroit bea[u]coup plus, se n[']étoit l'ignorançe
Qui à tout çe qu[']ils font met les mains au devant,
Empéchans leur esprit qu'il n'aille plus avant :
N[']etoit la defiançe avecques la jeunesse
Nourrie molement en trop grande paresse.
Quel est mon SAINTE MARTHE esprit trop plus heureus
Encore qu'on ne croit ? qui bien aimé des Dieus
Fera voler son nom PLUS-OUTRE que les Gades,
Luysant nouvellement aus nouvelles Pleiades,
Les Dieus n'ont pas voulu qu'un sot eut entrepris
De médire de luy, & quil lui fut permis
De montrer, sans faillir, sa meschante pensée,
Donnant occasion d'une longue risée
A tous les bons espris, & faisant à nos yeus
Preuve de la bétise. Ignorans envieus,
Caches vous, çe n[']ét pas à votre ame trop sotte,
De vouloir aparoistre entre la bande docte.
Mon SCEVOLE tandis ses beaus ans donnera
Aus muses & aus lois, & aus deus reluira.
Gaule agenoille toy & fai la reverançe
Aus bons espris, qui font plus grande encor ta Françe.
Quand apres deus étés la deesse Pallas
En Gréçe eut ramené la flotte à Menélas,
La maison des grans Dieu Troye rasée en pleine,
Elle se vint tenir en la ville d'Athene :
Ou laissant son Aegide & son poisant harnois,
Laissant le Camp poudreus elle suivit les lois :
Puis voulant enchainer çe vieus monstre Ignorançe
D'enhaut el' fît couler la chaine de Sçiençe,
Qui lioit les sept ars dedans son rond divers,
Et nous montroit du Ciel les grans temples ouvers.
Mais la guerre depuis avecque la paresse
Pire encor que la guerre, ils ont faite diverse
Une seule sçiençe, & la chaine défait
Qui lioit les sept ars dedans son rond parfait.
En çét áge doré les filosofes sages
Aus pais étrangers faisoient de lons voiages,
Afin de sçavoir tout çe qu'on a jamais sçeu :
Et encor il pensoient oyseus avoir vescu,
S'il n'avoient peu trouver quelque chose nouvelle,
Qui leur nom fit voler d'une gloire immortelle.
Ainsi ils ont tiré comme un lourd-poisant fais
De leur Cahos obscur, les ars tous imparfais.
Durant les jeus des Grecs à une Olimpiâde
Un Thebain filosofe avecque grand bravade
Se vint montrer aus jeus, disant peuple Gregeois
Vous couronnés çeluy, qui a gagné cinq fois
Sur le sable olimpic, & encor l[']on luy donne,
Pour cinq choses sçavoir la plus haute coronne,
Honneur vraiment bien grand, si à çe grand honneur
Se pouvoit égâler le sçavoir du vainqueur.
Un homme ne sçait rien, quand il ne sçait ensemble
Tout çe que sçavent tous, il n'y a çe me semble
Chose que l'on ne puisse, & parfaire, & sçavoir :
Si l'on n'est détourné d'un mauvais desespoir.
Mais que tousjours suant, & nuit & jour l'on veille,
L'on ne doit souhaiter les ans de la Corneille.
Je suis sçavant de tout, je n'ay point vestement
Que çéte main n'ait fait, & en chaque argument
Je soutien disputant l'un & l'autre contraire :
Pour vivre je n'ay point que de moi seul affaire.
O l'homme vertueus de qui les mos dorés,
Devoient estre de nous dans nos cueurs adorés.
Quand nous voulons monter dans le siége des Dieus,
Une nue nageant sur le Ciel des nos yeus,
Nous empéche de veoir çeste raison divine
Et de qui toutesfois tu es plus que moi dine,
Ou bien moi plus que toi[.] Or brave maintenant,
Fai, prise toi beaucoup, un chacun reprenant :
Celuy que tu reprens jamais il ne demeure
Lachement paresseus, & encores il pleure
Les cinq heures qu[']il dort, les deus de ses repas
Toi qui vis la moitié caché dessous les dras,
Que le Soleil second, ou couchant, ou levant,
A la table ou au lit retrouve bien souvant
Gros endormy, tu veus, que devant on t'emplisse
Comme une grosse balle, en louant ta bétise.
Et bien encores pren, que tu sues autant
Que luy, & jour & nuit est çe à dire pourtant
Qu[']il ne sçait plus que toi, & qu'à chacun Alçide
Jupiter dans les Cieus garde une plaçe vuide.
Non non, beaucoup de gens se mettent en pais
Mais il y en a peu, qui viennent à Lais.
Si quelqu[']un veult chasser en despit de Delie,
Un soudain repentir suit de prés sa folie
Mille courent ensemble, & de tant à grand peine
Un seul pourroit soufrir redoublant son aleine
L'aleine d'un Hercule : encor que biens legiers
Ils pensent tous ensemble un jour étre premiers.
Nagueres un Dandin, mais je ne peu sans rire
Te faire tout çe compte aprés qu[']il s'en vint lire,
Le livre de BOUNIN, il n[']y trouvoit rien bon,
Et y faisoit par tout aparoir son charbon,
Pour-çe qu[']il ne parloit de luy dedans son livre :
Comme si mon BOUNIN, laissoit pour luy de vivre
Qui suivant le bon œil des astres plus heureus
Plus bravement rompra la dent des envieus.
Mais je tiens long temps & en çe propos méme
J'acheveray mon conte avec ce quatriesme.
Aussi ne voudrois ouir tout les abois
Que, jappans apres luy, jetoint les autres trois.
Et je suy bien trompé si tu ne favorises
A tous ses gens nouveaus & à leurs entreprises.
Ore torne ma Muse & jette l'anchre bas,
De peur qu'un roc trompeur ne noie nostre mas :
Puis desçen dans l'esquis & de la lune à l'autre onde
Sous l'un & l'autre Pole en l'un & l'autre monde,
Emplissant la trompette avecq'un vent plus haut,
Porte moi jusqu'au Ciel le nom de BETHOLAUT.
Passant le Limousin salues moi NAVIERES,
Et le sçavant DORAT qui sont les deus lumieres
De nos climas heureus & se feront suivir
A mil & mille encor qui pensent mieus courir.
Si l'on dit que tu es trop enflée en Satire,
Et que çes vers tonnans ne peuvent faire rire,
Repon leur que tu mors riant aucunefois,
Aucunefois tu mors criant à plaine vois.
Encependant Henry lîra au joug esclave
Pour la troisiesme fois, L'Italien trop brave.
Qui avant sa victoire un trionfe droissant,
Se pert comme un bouillon sous le flot s'abaissant.
Comme l'on voit un vent renfermé sous la terre,
Lequel veut prandre aleine, apres une grand guerre :
Souflant comme une balle il la fait enlever,
Avant que furieus son gros ventre crever.
Ainsi le Roy levant le bras de sa puissançe,
Les frois chemins des mons coupe avecque sa Lançe
Plus bravement encor, que les noirs Africains
Qui rompirent le vol de l'aigle des Romains.
Henry vive tousjours, & le bon Dieu couronne
Son chef trois fois sacré de la double couronne.
                  ROG. MAIS. POI.

                 Melior miseratione inuidia


                  * C. DE. CHAN. *
LE desir de nourrir l'esperance non vaine,
      Qu'on a conçeu de toi, seul, a peu emouvoir
      A mettre au jour çet œuvre, & non vraiment l'espoir
      De trouver à ton nom une gloire çertaine.
Or pour le premier bruit de ta coulante veine,
      Biendisant BETHOLAUD, tu merites avoir
      Lieu entre mes François, qui doivent reçevoir
      Louange des puisnes, pour loier de leur peine ?
Ceçi donc, si les Dieus sont cruels envers toi,
      Qu'avant ton age meur ils te coupent la vie,
      De ton gentil esprit pourra bien faire foi.
Mais poursui çe pendant : la blemissante Envie
      Ne te detourne point : qui a bien commençe
      Il a la plus grand part de son œuvre avançe.