Satire et Poésie Satyrique
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Edito :
Ce site se veut une approche de la poésie satyrique du début du XVII siécle, et essaie de rendre compte de manière plus générale de la Satire Classique au XVI et XVII siécle.


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Etienne Jodelle (?)
Satire contre le Chancelier de Lospital (1568)



      Trés étrangement, cette pièce peut-être de Jodelle, non publiée de son vivant, ne fut jamais (à notre connaissance) mentionnée dans les études sur la Satire renaissante, malgré les divers relevés qui ont été effectué en ce qui concerne les poémes ou oeuvres littéraires portant le titre de "Satire" au XVI siécle (cf.notre bibliographie : O.Trtnik-Rossettini, P.Debailly, M.magnien, ou encore, plus récemment, S.Duval.) Ainsi, nous l'intégrons dans notre anthologie satirique afin de lui redonner la place qui doit, nous semble-t-il, être la sienne.
      Cette satire, trés éloignée du canon de la satire régulière, s'apparente fortement au Pasquin : composé d'octosyllabes et de sizians répondant au schéma rimique aabcbc, ce poème est une attaque directe, violente et diffamtoire contre le Chancelier de l'Hopital, déchu de ces fonctions en cette année 1568.
      Ce poème fut retrouvé au XIX siécle par Edouard Tricotet et intégré à l'édition des oeuvres de Jodelle de Marty-Laveaux, il nous est conservé dans deux manuscrits et nous donnons les deux versions conservées.


BNF fr.25.565 (f° 24 v°)

Satire contre le Chancelier de Lospital


Il vit encores ce vieillard,
Ce meschant asne montagnard,
Et veoit avec impunité
De son pays l'embrasement
Dont malheureux il a esté
La cause et le commencement.


Il est fier de s'estre vangé,
Ce fils d'un bonnet orangé,
Des chrestiens et des bons François,
D'avoir soubz masque de prudence
Trahy la bonté de deux Rois
Mesmes au tems de leur enfance.


Mais Dieu nous sçaura bien venger
Un jour de ce monstre estranger,
Et puis qu'il tarde sa justice,
C'est qu'il luy prépare un supplice.
Etemel, qui ne fera pas
Finir sa pêne à son trespas.


Il a escrit que ceste peste
Huguenotte il fuit et déteste,
Qu'il ostra ce chancre pourry
Si un jour les seaus il exerce :
Mais qui l'a mieus creu et nourry
Que ce médecin d'Aigueperce ?


C'est ce preudhomme, ce Renart
Qui a régné en Léopart,
Dont meschamment et en malheur
II ne peut faillir qu'il ne meure
Comme un chien, car il ne peut croire
De l'âme l'immortelle gloire.


Jamais on ne veid tel pipeur
Si feint, si menteur, si trompeur,
Et jamais n'a eu Jésuchrist
De si rebelle créature,
C'est, c'est le dernier Antéchrist
Duquel parle tant l'Escriture.


L'on pensoit à veoir son visage
Que ce fust un grand personnage,
Le teint pasle et l'œil enfoncé,
Le nez grand, le sourcil froncé,
La barbe blanche, et longue eschine,
Mais tout ce n'est que poil et mine.


Car son édict des deus Eglises,
Les daces, puis les paillardises
Des siens, du seau les pilleries,
Ses biens, ses rudes poësies,
Tesmoignent qu'oncques il n'a eu
De Dieu, de sçavoir, de vertu.


Sa vertu est d'estre un Prothée,
Sa neutralité d'estre Athée,
Sa paix deus lignes maintenir :
Changer les loix, c'est sa pratique,
Sa court les pedantz soustenir,
Et son sçavoir d'estre hérétique.


Si le vice et l'insuffisance
II portoit donc soubz l'apparence,
A l'on en France tant esté
A desvelopper ses denrées,
Et l'a l'on souffert tant d'années
Humer l'air qu'il ha infecté ?


Non, non : qu'il meure où il pourra;
Tousjours son nom l'on dannera
Et son umbre à jamais sera
Le phantosme et l'espouvental
Du chrestien qui se croisera
Tousjours à ce mot d'Hospital.
BNF fr.3282 (f° 118 v°)

Traduction du Latin de E.J
Vivit adhuc patriaeque rogos impune videbit
Quorum causa fuit vanus inersque senex


Il vit encores ce vieillard,
Ce meschant asne montagnard,
Et veoit avec impunité
Notre ruyne et le tourment
Dont malheureux il a esté
La cause et le commencement.


Il est fier de s'estre vangé,
Ce fils d'un bonnet orangé,
Des chrestiens et des bons François,
D'avoir soubz masquée prudence
Trahy la bonté de deux Rois
Mesmes au tems de leur enfance.


Mais Dieu nous sçaura bien venger
Un jour de ce monstre estranger,
Et puis qu'il tarde sa justice,
C'est qu'il luy prépare un supplice.
Etemel, qui ne fera pas
Finir sa pêne à son trespas.


Il a escrit que ceste peste
Huguenotte il fuit et déteste,
Qu'il ostra ce chancre pourry
Si un jour les seaus il exerce :
Mais qui l'a mieus creu et nourry
Que ce médecin d'Aigueperce ?


C'est ce preudhomme, ce Renart
Qui a régné en Léopart,
Dont meschamment et en malheur
II ne peut faillir qu'il ne meure
Comme un chien, car il ne peut croire
De l'âme l'immortelle gloire.


Jamais on ne veid tel pipeur
Si feint, si menteur, si trompeur,
Et jamais n'a eu Jésuchrist
De si rebelle créature,
Car c'est le dernier Antéchrist
Duquel parle tant l'Escriture.


L'on pensoit à veoir son visage
Que ce fust un grand personnage,
Le teint pasle et l'œil enfoncé,
Le nez grand, le sourcil froncé,
La barbe blanche, et longue eschine,
Mais qui l'a plu creu et nourri.


Car son édict des deus Eglises,
Les daces, puis les paillardises
Des siens, du seau les pilleries,
Ses biens, ses rudes poësies,
Tesmoignent qu'oncques il n'a eu
De Dieu, de sçavoir, de vertu.


Sa vertu est d'estre un Prothée,
Sa neutralité d'estre Athée,
Sa paix deus lignes maintenir :
Changer les loix, c'est sa pratique,
Sa court les pedantz soustenir,
Et son sçavoir d'estre hérétique.


Si le vice et l'insuffisance
II portoit donc soubz l'apparence,
A l'on en France tant esté
A desvelopper ses denrées,
Et l'a l'on souffert tant d'années
Humer l'air qu'il ha infecté ?


Non, non : qu'il meure où il pourra;
Tousjours son nom l'on blasmera
Et son umbre à jamais sera
Le phantosme et l'espouvental
Du chrestien qui se croisera
Tousjours à ce mot : L'Hospital.