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Pierre de Ronsard Folastrie III in Livret
de Folastries, Paris, chez la veufve Maurice de la porte, 1553
Catin
En cependant que la jeunesse
D'une tremoussant souplesse
Et de manimens fretillars
Agitoit les rougnons paillars
De Catin à gauche & à dextre:
Jamais ny à Clerc ny à Prestre
Moine, Chanoine, ou Cordelier
N'a refusé son hatelier.
Car le mestier de l'un sus l'autre,
Ou l'un dessus l'autre se veautre,
Luy plaisoit tant, qu'en remuant
En haletant, & en suant
Tel bouc sortoir de ses esselles,
Et tel parfum de ses mamelles,
Qu'un mont Liban ensafrané
En eust esté bien embrené.
Ceste Catin en sa jeunesse
Fut si nayve de simplesse,
Qu'autant le pauvre lui plaisoit
Comme le riche, & ne faisoit
Le soubresaut pour l'avarice,
Mais elle disoit que c'estoit vice
De prendre ou chesne, ou diamant
De pauvre, ny de riche amant,
Pourvu qu'il servit bien en chambre
Et qu'il eust plus d'un pie de membre
Autant le beau, comme le lait,
Et le maigre, que le valet
Estoient teceux de la doucette
A le limite de la fossette
Et si bien les ressecouoit
Les repoussoit, & remouvoit
De meinte paillarde venue
Qu'aprés, la fievre continue
Ne failloit point de les saisir
Pour payement d'avoir fait plaisir
A Catin, non jamais soulée
De tuer, pour estre foulée,
Et qui de tourdions a mis
Au tombeau ses plus grans amis.
Mais quoy ? il n'est rien que l'année
Ne chnage en une matinée.
Catin, qui le berlan tenoit
Au premier joueur qui venoit,
Or' se voyant décolorée
Comme une image dédorée,
Se voyant dehors & dedans
Chancreuse & noires les dents,
Se voyant rider la mamelle
Comme un escouillé de Cybelle,
Se voyant grisons les cheveux,
L'oeil chassieux, le nez morveux,
Et, par ses conduits, soufflante
A bas une haleine puante,
Elle changea de voulonté,
Et son premier train éfronté,
Par ne scay quelle frenaisie,
A couvert d'une hypocrisie.
Maintenant des le plus matin
Le secretain ouvre a Catin
Le petit guichet de l'église,
Et pour mieux voiler sa feintise
Dedans un coing va marmotant,
Rebarbotant, rebigotant,
Jusques au soir que le Curé sonne
Le couvrefeu :puis ceste bonne
Bonne putain, va pas à pas
Piteusement le nez tout bas,
Triste, pensive, & solitaire,
Entre les croix du Cimetiere.
Et là se veautrant sus le corps
Apelle les ombres des mors;
Ores s'élevant toute droite,
Ores sus une fosse estroitte
Se tapissant comme un fouyn,
Contrefait quelque Mitouin,
D'un drap mortuere voilée,
Tant qu'elle, & la nuit étoilée,
Ayent fait peur au plus hardi,
Qui passant par là le mecredi
Vient de la Chartre, ou de la foire
De l'Avardin, ou de Montoire.
Catin a mille inventions
De mille bigotations :
Quand la terre est la plus esprise
De froidure, elle en sa chemise
Masquant son nez de toile blanche
D'un gros caillou se bat la hanche,
L'estomac, les yeux, & le front,
Ainsi comme l'on dit que font
Ceux qui sont maris de leurs meres,
Ou ceux qui meurdrissent leurs peres,
Expiant l'horrible forfait
Qu'innocemment ils avoyent fait.
Et toutesfois ceste insensée,
Ayant bany de sa pensée
Le souvenir d'avoir esté
L'exemple de mechanceté,
Ose bien prescher ma pucelle,
Pour la convertir ainsi qu'elle
A mille bigotations
Dont elle a mille inventions.
Et quoy (dit elle) ma mignonne ?
Ce n'est pas une chose bonne
D'aymer ainsi les jouvenceaux :
Amour est un gouffre de maux,
Amour affole le plus sage,
Amour n'est sinon qu'une rage,
Amour aveugle les raisons,
Amour renverse les maisons,
Amour honnist la renommée,
Amour n'est rien qu'une fumée
Qui par l'air en vent se répent :
Tousjours d'aymer on se repent.
Fuyez les banquets, & les dances,
Les cheines d'or, les grands bombances,
Les bagues, & les grands atours :
Pour avoir suyvi les amours
Les saintz n'ont pas sauvé leur ame.
Ainsi Catin la bonne dame,
(Maintenant miroer de tout bien)
Prescha dernierement si bien
La jeune raison de m'amie,
Qu'en bigote la convertie.
Si qu'or, quand baiser je la veux,
Elle me tire les cheveux :
Si je veux tater sa cuissette,
Ou fesser sa fesse grossette,
Ou si je mez la main dedans
Ses tetins, elle à coups de dents
Me déchire tout le visage,
Comme un singe émeu contre un page.
Puis elle me dit en courroux :
Si autrefois aveques vous
M'abandonnant j'ay fait la folle,
Je ne veux plus que l'on m'accole.
Pource, ostez vostre main d'abas.
Catin m'a dit qu'il ne faut pas
Que charnelement on me touche.
Halà ma Cousine, il me couche,
Ha ha, lessez, lessez, lessez,
Bran, pourneant vous me pressez,
Bran, j'aymeroy mieux este morte,
Que vous m'eussiez de telle sorte :
Ostez vous donques, aussi bien
Mercydieu vous ne gaignez rien,
Ma cuisse en biez accoustrée
Vous defendra tousjours l'entrée,
Et les bras vous m'entorsez
Et plus en vain vous efforcez.
Ainsi depuis une semeine,
La longue roydeur de ma veine,
Pourneant rouge & bien enpoint,
Bat ma chemise & mon pourpoint,
Qu'à cent diables soit la prestresse
Qui a bigoté ma maistresse.
Sus donq, pour venger mon esmoy,
Sus, Iambes, secourez moi,
Venez, Iambes, sur la teste
De ce luitton, de cet beste,
Qui, ores femmes n'estant plus,
Mais ombre d'un tumbeau reclus,
Miserablement porte envie
Aux doux passetemps de ma vie,
Qui Dieu me faisoient devenir.
Et si ne veut se souvenir
Qu'encependant que la jeunesse
D'une tresmoussante souplesse
Et de manimens fretillars
Agitoit ses rougnons paillars
Ores à gauche ores à dextre,
Jamais ny à Clerc ny à Prestre
Moine, Chanoine, ou Cordelier
N'a refusé son hatelier.
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