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Sieur de Franchere [Claude d'Esternod] L'Espadon Satyrique. Par le sieur de Franchere, gentil-homme Franc-comtois [...] Lyon, Jean Lautret, 1619.
Bibliothèque Aix-en-Provence (Méjanes) : C. 3033
L’ESPADON
SATYRIQUE.
Par le sieur de Franchere, gentil-
homme Franc-comtois.
Dedié à monsieur le Baron de Roche.
A LYON,
PAR JEAN LAUTRET,
Marchand Libraire.
M. DC. XIX.
AVEC PRIVILEGE.
A TRES ILLUSTRE
ET GENEREUX SEIGNEUR,
Benigne de Praconta, Baron de Roche,
sieur d’Arques, Cenans, et Maison-
forte de Buffard.
MONSIEUR,
L’Espadon Satyrique n’attaque-point vos proüesses incomparables. Tous ses molinets ne se tournent que pour les vitieux, gauchers à tout devoir, debisez d’excez, et qui ont donné la dextre deffensive, et offensive à la poltronnerie, avec une opiniastreté si resoluë, qu’il semble que la Satyre ne soit à present moins necessaire que la prudence d’un bon Magistrat, lequel ne travaille moins à corriger les sots, qu’à gouverner les sages. Je cherche les hommes à la lanterne, comme Diogene, mais je n’attaque-point les Dieux, comme Momus : n’osant mesme entreprendre le paranymphe de leurs loüanges, de peur, que le blasonnant sur elles, l’on ne m’accuse de curiosité, ou qu’en doutant, je ne sois declaré prophane, et sacrilege. Me voicy donc en posture, pour joüer de l’Espadon Satyrique, non contre vostre espée, que je ne peux accuser que de trop de vaillance ; espée à tout vaincre, et à rien craindre, sans suros, sans tache, hors de la portée, et de la touche de toutes les Satyres, et mesdisances : mais contre un tas de Centaures, issus de l’excrement de la terre, qui sont tousjours hors de la posture d’honneur, et n’ont jamais veu combats qu’en pourtraits, et en livres. C’est ceux que je veux mettre en eschec, hors de train, et au caimandement de leur infame vie. Je leur veux tracer de la pointe de mon Espadon un Epitaphe, qui sera immortel comme les victoires de vostre espée, lesquelles n’auront jamais autres bornes que l’eternité. Sous l’adveu donc magnanime de ceste genereuse flamberge, je rendray le monde net d’ordure, comme Hercule la terre de monstres . Et devez sçavoir, pour conclusion de la presente, que si vous estes vaillant extremement, je suis encore d’avantage,
MONSIEUR,
Vostre tres-affectionné et humble serviteur,
Cl. DE FRANCHERE.
POUR L’ESPADON
SATYRIQUE DU
sieur de Franchere.
Espadon digne de memoire,
Qui profitable à ton Ouvrier,
Sers plus de burin pour sa gloire
Que d’instrument pour son mestier.
Jamais ton atteinte n’est vaine,
Mais si tu frappe avecque douceur,
Puisque ta trempe est Hipocrene,
Et un Poëte est ton Fourbisseur.
Car aussi sa veine coulante
Te servant d’huile desormais,
Fera, d’une façon puissante
Que tu ne t’enrouille jamais.
DE BOISSAT.
Sur l’Espadon Satyrique du sieur
de Franchere.
AUX DAMES.
Bien que les traits de Cupidon
Soyent ceux que vostre ame desire,
Belles, que ce mot ESPADON
Ne vous empesche pas de lire.
Car je vous promets pour certain,
Que cet escrimeur d’entre-cuisse
Seroit plus à craindre en Lorrain,
Qu’il ne seroit à craindre en Suisse.
Eux des deux mains, à tort, et droit,
S’escrivent de mauvaise trogne :
Au lieu, que luy, du boutu d’un doit
Fait quatre fois plus de besogne.
NICOLAS FARET.
Sur l’Espadon Satyrique du sieur
de Franchere.
STANCES.
Espadon plus digne de gloire,
Que tout ceux_là que la memoire
Des Anciens nous a donné :
Ainsi que tu es sans exemple,
Ainsi celuy qui te contemple
Ne peut, qu’il ne soit estonné.
Car s’il regarde en ta fabrique,
Que ta matiere Satyrique
Sur toute autre passe devant ;
Il cognoistra, qu’un tel ouvrage,
Ne sort pas d’un apprentissage,
Mais plustost d’un maistre sçavant.
Le papier a esté l’enclume,
De marteau, t’a servi la plume,
Et les vices de feux ardens ;
Qui ont la matiere alumée,
Pour esclairer ta renommée,
Et dehors la France, et dedans.
Tranche donc, coupe, fends, et passe,
Te faisant par tout faire place :
Et si quelqu’un veut contester,
Ou bien, par envie, ou par blasme,
Fais luy voir, que contre ta lame
Personne ne peut resister.
Mais, n’aye crainte que personne
Contre toy, quelque mal soupçonne ;
De bon cœur on te voudra voir,
Voyant bien que tu es à craindre :
Er aucun n’osera se plaindre,
De peur d’irriter ton pouvoir.
C’est un des vœux que je souhaitte,
Pour rendre l’amour satisfaitte,
Que je porte à cil qui t’a faict :
L’autre c’est, que si bien tu tance,
Les vices qui regnent en France,
Qu’ils ne soyent jamais en effect.
JAQUES MANGINELLE.
pp. 34-39 :
La mort d’un Perroquet, que
le chat mangea.
SATYRE VI.
Laissez-moy, je suis en colere,
Si l’on avoit tué mon Pere,
Je n’en serois pas plus fasché :
Ou si l’on m’avoit arraché,
Par le derriere la machoire.
Je ne veux plus manger, ny boire,
Puisque le petit Perroquet,
Lequel faisoit par son caquet,
Son baragoüin, et sa souplesse,
Passer le temps à ma Deesse,
Par le carnage, et l’assassin,
D’un Marcou cauteleux et fin,
A perdu la tant douce vie,
Dont ma maistresse fut ravie.
Las ! si ce Perroquet mignard,
Gaillard, raillard, hagard, paillard,
De ses harangues charmeresses,
Enchanteresses, piperesses,
Bragardelet, mignardelet,
Paillardelet, friandelet,
Ne t’a peu rendre pitoyable,
O chat cruel, et implacable,
Et t’empescher de le saisir :
Au moins respectant le plaisir
Qu’alloit prenant en cette beste
Ores ma belle, qui deteste,
Tu ne devois non seulement
Le laisser vivre doucement :
Mais en faveur de cette belle
Tousjours faire la sentinelle,
Pour empescher qu’un autre chat,
Quelque souris, ou quelque rat
Ne fist ny force, ny dommage
Au Perroquet dedans sa cage.
Et cependant, chat desloyal,
C’est vous, qui avez faict le mal :
C’est la patte, patte assassine,
C’est vostre gorge de cuisine,
Alterée comme un laquet,
Qui a mangé le Perroquet :
Pource qu’un peu au prealable,
Quand vous montiez dessus la table
Pour attraper vostre chaland,
Il vous crioit, Friand, friand.
Tout ainsi comme ma maistresse
Est un Phenix en son espece,
N’ayant aucune egalité,
Soit en vertu, soit en beauté :
Ce beau Perroquet tout de mesme
[Manque un vers]
Que tout ainsi que mon Soleil,
Il ne trouva pas son pareil.
Ce Perroquet, du Ciel l’ouvrage,
Estoit d’un si exquis plumage,
Que ny des Pans les aislerons,
Les aigrettes, ny les fleurons,
Dont nous parer avons coustume.
N’égaloit en rien cette plume :
Plume, qui fut d’un si vert gay,
Le plus vert gay, qu’au mois de May,
Quand les forests sont en verdure,
Nous ayons veu en la nature.
Ah ! mon Dieu, quel plaisir c’estoit,
Quand ce Perroquet caquettoit,
Regringotoit, chantoit sans cesse
Aux oreilles de ma maistresse.
Perroquet, qui dit-on du Roy ?
Vrayement, Perroquet, je croy
Que beaucoup d’armes paresseuses,
Lethargiques, peu curieuses
Ne s’informeront, comme toy,
De leur Seigneur, ny de leur Roy :
Mais toy, comme oiseau de police,
Ou de finance, ou de justice,
Tu t’informois tousjours chez toy,
Perroquet, que dit-on du Roy ?
Au surplus, il estoit semblable
A ce chetif, et miserable,
Qui gonflé d’amour et d’ennuit,
Souspire pour vous, jour et nuict,
Car si sa chair estoit couverte
D’une livrée, qui fut verte,
Je suis aussi un verd vestu.
Que si son bec jaune pointu,
Nous deguoisoit dix mille harangues,
J’ay tout ainsi le don des langues,
Et plus que luy j’ay de caquet.
Que si ce mignard Perroquet,
Eut sa crette jadis poupine,
De couleur rouge incarnadine,
Mon pennache est incarnadin
Que s’il ne fut pas assez fin
Pour se munir contre l’outrage
Qu’a faict le chat à son fromage :
Tout de mesme aussi je n’ay pas
Tant de ruses, ny de ducas,
Pour me munir, et me defendre
Contre un Rival, qui me veut prendre.
Voilà donc, Perroquet mignon,
Comme je suis ton compaignon ;
Et que ta mort est le presage
Bien tost de mon futur dommage.
Or il ne me souciroit pas
D’un si cruel, et si fier trespas,
Ny d’un esclandre si funeste,
Qui doit tomber dessus ma teste :
Si apres que je seray mort,
Comme je suis fidel consort,
En faveur de la couleur verte,
Cher Perroquet, de vostre perte
Ma belle pleuroit mon esmoy,
Comme elle fit, mignon, pour toy,
Alors que tout eschevelée,
De larmes la face mouillée,
Cherchant le chat, et son butin,
Elle pleura tout un matin,
Menaçant mille fois d’occire
Le chat, qui n’en fait que se rire,
Et qui s’en va tousjours son train,
Apres avoir le ventre plein.
Mais que cent fois, helas ! je meure,
Je n’ay pas peur qu’elle me pleure,
N’y d’estre d’elle regretté,
Comme en ta mort tu as esté.
Et c’est pourquoy, petit folastre,
Tu es heureux en ton desastre,
Ayant au moins ce reconfort,
Que ta belle pleure ta mort,
Sans que tu ais pleuré pour elle :
Et neantmoins son plus fidelle,
Patiente tous les beaux jours
Dix mille morts pour ses amours :
Et cependant ceste cruelle
Qui le meurtrit, et l’ensorcelle,
N’en jetteroit la goute d’eau,
Et se meurt bien pour un oiseau.
Mais de l’oiseau c’est le merite,
Qui fait jetter cette eau benite
Par ses beaux yeux, flambeaux des Cieux.
Las ! falloit-il, dittes, ô Dieux,
Qu’un Perroquet, la mignardise,
Le passetemps, la gaillardise
De ces beaux yeux, yeux immortels,
Dont je revere les autels,
Fust le butin, et fust la proye,
Et le gibier, et la lamproye
De ce Mitoüin mitoüard,
Qui a ainsi mangé le lard :
Qu’à tout jamais en contrechange,
Chat Gannelon, que tu ne mange
Taupe, Belette, ny Souris,
Qui ne t’estrangle, l’ayant pris :
Que le Choucas, l’Hibou, la Chouë
Tire tes yeux hors de la jouë :
Que tu ne trouve rien de bon,
Qui ne te soit mortel poison :
Que te fuye la chate chaude,
Quand l’amour fait que tu miaude :
Que les sorciers dans le sabat
Ne prennent plus forme de chat :
Qu’il te tombe sur le pellage
Quatre escuelles de chaud potage :
Que de tous les garde-manger
Tu sois banny comme estrangers,
Que tu meures de la gratelle,
Que tu n’ailles jamais en celle,
N’apres disné, n’apres soupé,
Que tu sois tousjours constipé,
Que si quelque jour tu fiante,
Le Perroquet que je lamente,
Tu fiente d’un mesme coup
Tes infames boyaux de loup.
Afin que Dieu voyant ce crime,
Un sacrilege que j’estime
Plus que de lese majesté,
Une semblable cruauté
Au temps present abominable,
Au temps passé tant execrable,
Horreur des siecles à venir,
Ne demeure sans te punir.
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