Satire et Poésie Satyrique
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Edito :
Ce site se veut une approche de la poésie satyrique du début du XVII siécle, et essaie de rendre compte de manière plus générale de la Satire Classique au XVI et XVII siécle.


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Gilles Corrozet
Satyre contre Fol Amour
in
Les cents considerations damours, composées par Guillaume de la Perriere Tholosain. Avec une Satire contre fol amour., A Lyon par Jaques Berion, 1548.




      Ce texte serait la troisième oeuvre littéraire portant le titre explicite de satire/satyre (après un texte de Collerye datant de 1536 : Satyre pour les habitants d'Auxerre et un texte de B. Aneau datant de 1542 : Lyon marchant, satyre françoise), celle-ci continue de participer à la Satire dramatique : la prise de parole du "je" poétique sur le mode déclamatoire fait de ce poème une harangue contre une utilisation conventionnelle du Dieu Amour, "Cupido". Mais cette Satire emprunte, pour la première fois, un moule poétique, et tend déjà à intégrer à la critique d'un fait de société, une critique littéraire : le poète satirique postulant ainsi toujours simultanément sur la réalité du monde qui l'entoure et sur le mode d'expression qu'il utilise pour rendre compte de la vérité du réel. Cette double démarche, qui s’apparente aux deux pôles essentiels de la Satire, sera incessamment reprise et trouvera toujours une légitimité nouvelle dans l’indignation personnelle comme acte créateur propre à l’esprit satirique.



                    SATIRE CON-
            TRE FOL AMOUR, PAR
                  Gilles corrozet.
                           *

Mais comment sont plusieurs si destournez,
Si despourveuz, et si mal atournez.
De leur bon sens, de dire en chascun lieu,
Et approuver que Cupido est un Dieu ?
    Mais comment sont les hommes si debiles,
Si non scavantz, si tendres, si fragiles,
D’attribuer à une infirmité,
La gloire, et loz de la divinité ?
    N’estime lon une grand folie
Qu’a ung enfant qui au berseau se lye,
On void chascun donner ung tel honneur,
Quon doibt à Dieu de tous cas guerdonneur ?
    O genre humain; tu congnoys par les vers,
Par les escriptz, et les traitez divers
Des anciens, et modernes facteurs,
Tant Latins, Grecz, que Francoys auteurs
(Si les a leuz) que Cupido estoit
Ung jeune enfant , qui se manfestoit
Gras, et douiller, fraile, lascif, et tendre,
Qui sesbatoit aucunesfoys à tendre
Ung tresbel arc, mettant le traict en couche,
Dont sur les cœurs de tous humains descoche,
Et que celuy qui du traict doloreux
Estoit navré, devenoit amoureux.
On dict aussi, que celluy jouvenceau
Avoit couvert les deux yeux dung bandeau.
Que reste plus ? toute telle nature
De cest enfant void on, en sa paincture.
Painct qu’aussi en si grand povreté,
Qu’il est tout nud, tant yver, comme esté.
« Ah quel pitié, veoir tomber les humains
En tel erreur, et cas si inhumains ?
D’atribuer la divine louenge
A ung enfant le cas est trop estrange.
« Or le fil est Dieu toute raison defend
De le nommer, on estimer enfant :
Car ung enfant (las) n’a point de science,
Et en Dieu est entiere sapience :
Enfant aussi de soy est impuissant,
Et le vray Dieu (sans ayde) est tout puissant.
« Si Cupido de ses yeulx ne void goute,
Il est bendé, il ny ha point de doubte,
Qu’il nest pas Dieu, car Dieu voit toutes choses
Qui sont au ciel, et sousz la terre encloses :
Et qui plus est, Cupido est meutrier
De l’ame, et corps, c’est son propre mestier :
Mais Dieu (ainsi que l’esprit testifie)
Donne santé, et le mort vivifie :
Puis Cupido dhabitz est diseteux,
Tout nud se tiend ainsi que souffreteux :
Mais le vray DIEU n’a deffaulte de riens,
Mesmes il est la source de tous biens
Et par ainsi fault (dire en verité)
Quen Cupido n’a point de deité.
    « Doncques cessez, Ô hommes abusez,
Vers Cupido plus de telz motz nusez
Lappellant Dieu, ne Roy tant triumphant,
Car digne n’est destre appelle enfant.
    Cessez, cessez voz chansons et clamours,
Ne lappellez jamais le Dieu damours
Qui met le cœurs en feu, et en arsure
Amour nest pas, mais puante luxure,
Ou bien amour treslascif, et lubricque
Instinct charnel, volupté tresinique
Qui faict les vieulx devenir imprudens,
Aux jeunes, faict tous mortels accidens.
Ce Cupido n’est aultre chose en somme,
Que le charnel mouvement de tout homme,
Vilain desir, qui en toute saison
Se veut montrer rebelle à la raison,
Auquel désir, consentement donnons,
Et nos espritz du tout abonnons,
Noz corps aussi à ce motif infect
Jusques, à tant quil vienne à son effect :
Et ce plaisir tant ord, et vicieux,
Vous lappellez Cupido gracieux,
En luy donnant sur vous toute puissance :
Mais cest pour vray propre concupiscence :
Et n’est enfant ayant traict ou sagette,
Rendre ne peult personne à luy subjecte :
Ce n’est esprit, ny corps (pour bien cercher)
Cest seulement le plaisir de la chair.
    Prenez sur vous les accusations
De ce deffault, sans excusations :
Ne dictes point je suis contrainct d’aymer
Par Cupido, tout l’eau dela mer
Ne vous scauroit laver, et nectz vous rendre
De ce peché. Doncques sans plus attendre,
Corrigez vous vostre vie amendez,
Et au bon DIEU pardon en demandez,
En le priant comme il est eternel,
De vous gardez de tout acte charnel.


                    FIN.