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Le Cabinet Satyrique, Paris, Anthoine Estoc, 1618
Nous éditons cinqs poèmes de Cabinet Satyrique : Trois épigrammes, une fantaisie, Les fous, et un Sonnet. Cette brève anthologie devrait permettre de donner un aperçu de la diversité de ton qui règne au sein des recueils satyriques.
Epigramme
de Sigognes
Elle succeroit bien la goutte
De quelque gros V. reboulé,
Mais je veux qu'un goujat la ...te
Avec un concombre pelé.
Epigramme de Maynard
Robin qui chassoit aux chenilles
Et en faisoit grand casaux filles,
Avoit son engin fort petit.
Un jour, estant en appétit
De se jouer avec Clerice,
IL luy mit son cas sur la cuisse.
"Ha! dit -elle avec un grand cry,
Ostez moi cela , je vous pri'."
Robin luy dit: " Qu'as-tu, m'a fille?
C'est mon cas que tu sens, mon coeur."
" Hélas, dit'elle, j'avois peur
Que ce ne fust une chenille."
Epigramme (Anonyme)
Un Amoureux, pres de sa Dame,
Ne disoit mot, de trop d'ennuy,
Quand son cul, prest à rendre l'ame,
Prist haleine et parla pour luy.
"Fi, le vilain!" ce luy dit-elle,
Oyant son derriere éclater.
Alors, cet amoureux fidelle
Respont, se voyant picoter:
"Je ressemble au Laurier, la belle,
Je ne puis bruler sans peter."
Fantaisie
Tout y va, tout y …ut, tout y rit, tout y dance,
Tout fourmille en …teurs l’un à l’autre collez ;
Du ciel mesme, et d’Amour l’aymable geniture
Travaillant au secours de chaque créature,
Ne joint le vieille au jeune, et le vieil seulement
Aux tendrons delicats, aux pucelles ne songe,
Mais ce de Démon …teur faict qu’insensiblement
V. mol en C. aagé, roide, fumeux, s’allonge.
Mars, la mort, et la peur, qui avoyent mis en France
Tant d’humains, d’infortune et de guerre affolez,
Trembleront de l’amas des …teurs à outrance,
Sous l’enseigne d’Amour si espais enrollez
Et vous, du feu du Ciel influence tres pure,
qui formez de nos corps la belle Architecture,
Vous fournissez à peine à si dru mouvement :
Ores, tous C. sont C. et chaque V. s'y plonge,
Mesme en dépit des ans, miraculeusement,
V. mol en C. aagé, roide, fumeux, s’allonge.
Le plaisir chatouilleux qui picque de l'enfance
jusqu'au lustre neufiesme en nos jours escoulez,
Quoy qu'on bride le V. du frain de la prudence,
Rend un V. immobile et les membres foulez ;
LE bon heur, toutesfois, qui de nous eut la cure,
Denonçant les secrets reglez par la nature,
Les ressors engourdis bandent virilement
Sans qu'un C. affamez le delay luy prolonge,
Et Priape s'etonne aussi qu'en un moment,
V.mol en C. aagé, roide, fumeux, s'allonge.
un illustre d'honneur, de prix, de preference,
L'outrepasse des V. aux vieilles immolez,
Comme un V. courageux illustrement devance
Ces petits vitelets qui ne sont reboulez.
V. qui n'a desdaigné, d'une masle pointure,
Enfoncer les cachots de ceste ample jointure,
D'une vigueur allumé noblement,
si quelque sot me veut targuer cy de mensonge,
V., Roy des Roys des V. ! l'anagramme ne ment :
V.mol en C. aagé, roide, fumeux, s'allonge.
Je ne fais cas des V. qui, en l'adolescence,
Pompeusement bravant, et de gloire empoulez,
De C. brisez, moussus, de C. sans assistance
Briscollent les recoins de cent ans saboulez :
Mais d'un V. qui malgré ceste morne froidure
De l'hyver de nos ans, s'eslance à l'adventure,
Quatre fois, voire cinq, en un trou, brusquement,
Quoy que pisseux, baveux, troué comme une esponge,
Et que, pour despouiller ce paillard instrument,
V.mol en C. aagé, roide, fumeux, s'allonge.
Les ...illes lui pendoient, et le V. d'importance
Marquoit de cinquante ans les bragons avallez.
Plain de ...tre et d'honneur toutesfois il s'avance,
Ne redoutant les C. mesme plus vérollés ;
De la guerre, confine auprés d'Estamadure,
S'il oyt d'un vieil airain le bruit tant seulement,
Frappe du pied à terre et ja le mors il ronge,
De mesme, on recognoist qu'en cet accouplement
V.mol en C. aagé, roide, fumeux, s'allonge.
Travaillez, Travaillez, et faire allegrement,
Que tandis qu'Apollon ira du maniconge,
Dans les flots maxiquains vostre aage consommant,
V.mol en C. aagé, roide, fumeux, s'allonge.
Les foux
De tous les foux qu'on voit en France
Et de ceux qui font les prudents,
Il n'y a point de difference
Que de barbe et d'habillement,
Car tout le monde a sa folie
Qui le possede et le manie.
Les uns desirent la richesse,
D'autres deisrent les hasards,
Tel faict le vain de sa Maitresse
Qui n'e a rien que les regards,
Et, cependant, la jalousie
Trouble le plaisir de sa vie.
L'un ayme les champs solitaires,
L'autre se plast dessus la mer;
Aucuns dedans les Monasteres
Se font pour jamais enfermer,
Puis, de leur ame repentie,
Naist bien souvent quelque folie.
Tel se consomme dans les flames
D'un amour plain de vanité
Et pour la court, et pour les Dames,
Vend son bien, et sa liberté,
Et, dans l'erreur et la folie,
Passe reste de sa vie.
Tel veut cognoistre sa science,
Tel autre veut tout ignorer,
Tel autre, pour une inconsistance,
Est prest à se desesperer,
Et tout, en fin, n'est que folie,
Qu'erreur, que mensonge, et manie.
Mais qui sont plus foux ou plus sages,
Dites, messieurs les entendus,
Ou ces foux rians et volages,
Ou ceux qui les ont attendus,
Et qui, pour voir une folie,
auront le rheume ou la chassie ?
Ces foux, que l'on voit à la dance,
Ne sont pas des foux tout à fait :
Ils sont plus sages que l'on pense
Puis qu'ils sont fous quand il leur plaist,
Et la sagesse et la folie
Leur tiennent bonne compagnie.
SONNET
Par le sieur de SIGOGNES
Ce corps défiguré, bâti d'os et de nerfs,
Couvert d'un parchemin où l'horreur est décrite,
Qui fait voir au travers d'une flamme
illicite
Peut servir de lanterne à descendre aux
enfers.
Et ce coeur tout rongé de mille et mille
vers
Que la vengeance prend lorsque l'amour le
quitte,
Où l'inceste, le meurtre, la fureur habite;
Où les forfaits commis se montrent découverts.
Qui a vu d'un tel corps une telle âme hôtesse
?
Corps infect et défait, âme fausse et
traitresse,
Sans être désunis vous passerez là-bas.
Et, si vous nous restez, semence de désordre,
C'est que de vous l'enfer ne veut encore pas
Et la mort sur vos os ne peut trouver que
mordre !
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