Satire et Poésie Satyrique
Menu :
• Présentation Générale
• La Satire Régulière
• Le Satyrique
• Les Sources
• Textes Théoriques
• Anthologie Poétique
• Anthologie Critique
• Fac-similés
• Bibliographie

Edito :
Ce site se veut une approche de la poésie satyrique du début du XVII siécle, et essaie de rendre compte de manière plus générale de la Satire Classique au XVI et XVII siécle.


Retour

Oeuvre Satyrique de Malherbe : Sonnets, Epigrammes et Quatrain




   Outre son oeuvre encomiastique et religieuse, Malherbe a composé, aussi, quelques poémes libres : 5 sonnets, 1 épigramme et 1 quatrain. Un seul de ces poémes, et le moins virulent, sera publié en 1630 dans les Oeuvres du poéte, décédé deux ans plus tôt. Sinon, trois sonnets ont été publiés dans les recueils satyriques, sans nom d'auteurs ou attribués à tort à d'autres poètes. Les autres sont restés manuscrits jusqu'au XIX siécle voire même jusqu'a début de XX siècle. C'est, principalement, un manuscrit autographe de Racan qui permet d'attribuer ces quelques pièces poétiques à Malherbe.
   Il est tout à fait étonnant de voir combien la thématique de la subversion religieuse semble participer, pour Malherbe, de la littérature satyrique (chose peu courante ou sans grande originalité au sein des recueils satyriques) : l'onanisme et le cas de conscience (si cher à la contre-réforme), la parole divine réinterprétée et une prière à Dieu.
   Nous reproduisons ici les versions retenues (sans les variantes) par Louis Perceau dans son Le Cabinet secret du Parnasse : Recueil de poésies libres, rares ou peu connues, pour servir de supplément aux oeuvres dites complètes des poètes français. François de Malherbe et ses escholiers, Paris, au Cabinet du Livre, 1932, p.21-40




Sonnet (Cabinet Satyrique, 1618)

Là ! Là ! pour le dessert, troussez moy ceste cotte,
Viste, chemise et tout, qu'il n'y demeure rien
Qui me puisse empescher de recognoistre bien
Du plus haut du nombril jusqu'au bas de la motte.

Là, sans vous renfroigner, venez que je vous frotte,
Et me laissez à part tout ce grave maintien :
Suis-je pas vostre coeur ? Estes vous pas le mien ?
C'est bien avecque moy qu'il faut faire la sotte !

-Mon cœur, il est bien vray, mais vous en faites trop :
Remettez vous au pas et quittez ce galop.
-Ma belle, baisez moy, c'est à vous de vous taire.

-Ma fou, cela vous gaste au milieu du repas...
-Belle, vous dites vray, mais se pourroit-il faire
De voir un si beau C. et ne le ...tre pas ?


Sonnet (Délices Satyrique, 1620)

Sy tost que le sommeil, au matin, m'a quitté,
Le premier souvenir est du C. de Neree,
De qui la motte dferme et la barbe doree
Esgale ma fortune à l'immortalité.

Mon V. dont le plaisir est la felicité,
S'alonge incontinent à si douce curee,
Et d'une eschine roide, au combat preparee,
Monstre que cholere est à l'extremité.

La douleur que j'en ay monstre sa patience,
Car de me le mener, c'est cas de conscience ;
Ne me le mener point, ce sont mille trespas.

Je le pense flatter afin qu'il me contienne,
Mais en l'entretenant je ne m'apperçoy pas
Qu'il me crache en la main sa fureur et la mienne !


Sonnet (Délices Satyrique, 1620)

J'avois passé 15 ans, les premiers de ma vie,
Sans avoir jamais sçeu quel estoit cet effort
Où le branle du cu fait que l'ame s'endort,
Quand l'homme a dans un C. son ardeur assourvie ;

Ce n'estoit pas pourtant qu'une eternelle envie
Ne me fist desirer une si douce mort,
Mais le Vit que j'avois n'estoit pas assez fort
Pour rendre comme il faut une Dame servie ;

Je travaille depuis, et de jour, et de nuit,
A regagner ma perte et le temps qui s'enfuit,
Mais dejà l'occident menace mes journees...

O Dieu ! je vous appelle, aydez à ma vertu :
Pour un acte si doux, allongez mes annees,
Ou me rendre le temps que je n'ay pas ...tu !




Epigramme (oeuvre de Malherbe, 1630)

Tu dis, Colin, de tous costez,
Que mes vers, à les ouïr lire,
Te font venir des cruditez,
Et penses qu'on en doive rire.
Cocu de long et de travers,
Sot au delà de toutes bornes,
Comme te plains-tu de mes vers,
Toy qui souffres si bien les cornes ?


Quatrain (ms Racan)

Medisant, cesse de parler
Des grimaces de la Guenuche:
Tu voudrois bien, pour l'enfiler,
Avoir trois mois la coqueluche.


Sonnet (Ms Feydeau de Brou)

Multipliez le monde en vostre accouplement,
Dict la voix éternelle à nostre premier pére.
Adam, tout assitost, désireux de lui plaire,
Met sa belle Eve à bas et le fout vistement.

Nous, qui faisons les fins, disputons sottement,
Interprétant de Dieu la volonté si claire,
Et n'osons le besoin de foutre satisfaire,
Nous-mesmes nous privant de ce contentement.

Pauvres, qu'attendons-nous d'une bonté si grande ?
N'est-ce pas assez dict, quand Dieu nous le commande ?
Faut-il qu'il nous assigne et le temps et le lieu ?

Il n'a pas dit : Foutez ! mais, grossiers que nous sommes,
Multiplier le monde, en langage de Dieu,
Qu'est-ce donc, si non Foutre en langage des hommes ?


Sonnet (Ms Racan)

C'est un étrange cas qu'en ce monde qui passe,
Comme on voit les torrens qui s'écoulent en bas,
Si l'homme a du plaisir, il ne luy dure pas,
Et tout incontinent la Nature s'en lasse.

Vous me confesserez que le foutre surpasse
Tout ce qu'on peut sentir d'agréables appas,
Même ce qui se boit aux célestes repas,
Comme fait un haut mont une campagne basse.

Toutes fois, remarquez, foutons, et refoutons:
Puis, estant délassez, aussi tôt remontons,
Tant que la seule mort nous en ôte l'envie;

Si nous avions rangé tous nos coups bout à bout,
Quand nous aurions vêcu quinze lustre de vie,
Nous aurions pas foutu six semaines en tout !