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Pierre de Ronsard Avantentree du Roy Trescretien a Paris, Paris, Gilles Corrozet, 1549
Nous suivons, pour l'établissement du texte, l'exemplaire du la bibliothèque municipale de Troyes : z.8.1377 (8)
Nous ne connaissons aujoud'hui que trois exemplaires de cette plaquette qui sont conservés à Troyes, au musée Plantin à Anvers et à la Library of Congress à Washington.
AVANTENTREE DU ROY TRES-
CRESTIEN A PARIS,
PAR PIERRE DE RONSART
VANDOMOYS.
A Paris
Pour Gilles Corrozet tenant sa boutique au Palais,
& demourant en la Rue de la vieille drapperie
pres l’eglise saincte Croix.
1549.
AVANTENTREE DU ROY TRES-
crestien à Paris, Par Pierre de Ronsart
Vandomoys.
Voyci venir d’Europe tout l’honneur :
Ouvre les bras Paris, plein de bon heur,
Pour ambrasser ton Roy qui te decore,
Et du parfait de ses vertus t’honore.
Heureux Paris, le tresor de ta gloire
Sera pendu au temple de Memoire,
Tout tu auras de bien et de grand heur,
Ayant receu d’Europe la grandeur.
Io Paris, elève au Ciel ta porte :
J'oy arriver ton Roy qui te rapporte
La vierge Astrée et sa belle sequelle,
Qui s'envolla de ce monde avecq’ elle.
Ne la voy tu comme elle prend sa place
A son retour dens le sein et la face
De nostre Royne, en qui le Ciel contemple,
Du vray honneur le portraict et l'exemple ?
Et qui en toy un beau jour desplira
Quand par ta rue en triumphe ell’ yra ?
C’est celle là dont Arne est orgu[e]illeux,
Et qui son nom d'un hault bruit merveilleux
Contre les murs de Florence resonne.
C'est celle là qui l'espoir nous redonne
De voir bien tost le beau lys derechef
Dens l'Italie haulser encor le chef.
Sus donq Paris regarde quel doit estre
Ton heur futur, en adorant ton maistre :
Ton nouveau Dieu, dont la divinité
T'engendrera une immortalité.
Comme Tyrinthe est le propre heritage
Du grand Hercule, et de Junon Carthage :
Ainsi Paris tu seras desormais
Du Roy Henry la ville pour jamais :
Et dedans toy les estrangers viendront
Baiser son temple et leurs veux luy rendront.
A sa venue il semble que la terre
Tous ses tresors de son ventre deserre,
Et que le Ciel ardentement admire
Leurs grands beautez où d'enhault il se mire
Enamouré, et courbe tout expres
Ses larges yeulx pour les voir de plus pres.
Telle saison le vieil age eprouva,
Quand le Chaos demellé se trouva,
Et de son poix la terre balancée
Fut des longs doigtz de Neptune ambrassée.
Lors que le ciel se voutant d'un grant tour
Emmantela le monde tout autour.
Ja du Soleil la tiede lampe alume
Un autre jour plus beau que de coustume.
Ja les fores ont pris leurs robes neuves,
Et moins enflez glissent aval les fleuves,
Hastez de voir Tethis qui les attent,
Et à ses filz son grand giron estend :
Entre lesquez la bien heureuse Seine
D’aise en son unde un long murmure meine :
Paigne son chef, s'agence et se faict belle,
Et d'un hault cri son nouveau Prince appelle.
Io Paris, voicy le jour venir,
Dont noz nepveux se doyvent souvenir,
Et dans lequel seront apparoissans
Et Arcs et Traicts et Carquois et Croissant,
Qui leur rondeur parfaicte rempliront,
Et tout le cerne en brief accompliront,
A celle fin que leur splendeur arrive
De l'Ocean, à l'une et l'autre rive
Au jour sacré, de la Royalle entrée
Que la Princesse en drap d'or acoustree
Brave apparoisse : et la bourgeoise face
Tous les amours nicher dedans sa face.
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Que du plus hault des fenestres on rue
Les lys, les fleurs, les roses en la rue
De çà et là. Que le peuple ne voye
Sinon plouvoir des odeurs par la voye.
Qu'on chante io,1 que la solennité
Soit egalle à sa divinité.
Cnose jadis ainsi pompeusement
Receut son Prince : alors qu'heureusement
Pour son partage il occupa les Cieulx,
Et qu'il fut Roy des hommes et des Dieux.
ordre egal en triumphe exaltée
Aloit devant la corne d'Amalthée,
Aveq’ loyseau qui par tout l'univers
Porte où il veult ses prodiges divers.
Au grand Henry puissent ilz se monstrer
Du bon costé qui les fault rencontrer,
Lors qu'il se rue au meilieu des dangers,
Brisant l'honneur des souldars estrangers.
J'enten desja les trompettes qui sonnent,
Et des vainqueurs les louanges resonnent.
Je voy desja flamboyer les harnois,
Et les chevaulx courans par les tournois
Leurs opposez bravement mespriser,
Et jusqu'au Ciel les lances se briser.
Là les faveurs des Dames peu vauldront :
Là les plastrons pourneant deffendront
Le combatant qu'il ne bronche par terre,
Si mon grand Roy de sa lance l'enferre.
Car le Ciel veult qu'il emporte le prix,
Et de bien loing passe les mieulx apris.
Mais qui sont ilz ces Chevaliers vaillans
Qui tiennent bon contre tous assaillans,
Brulez de gloire, et d'ardeur d'eprouver
Si un plus fort se pourroit point trouver ?
Soit Espagnol aux armes fier et brave,
Ou cestuy là que la Temise lave.
A voir de 1’un la force souveraine
Je reconnoy la gloire de Lorraine.
L'honneur d'Aumalle, en qui luict en la face
Tout ce que peut la nature et la grace,
Et qui naguere a joinct aveq’ le sien,
Du bon Roger le sang tant ancien.
Sus donc Seigneurs, la terreur des humains,
Le los de France est ores en voz mains.
Nul Chevalier, fust il Roland, ne vienne
Tenter voz bras, qu'il ne luy en souvienne :
Affin qu'il porte aux nations estranges
Dessus son dos escriptes vos louanges.
Et toy Henry triumphe à la bonne heure,
Haste tes pas, trop longue est ta demeure :
Vien voir Paris la grant cité royalle,
Et de ta Gent la foy serve et loyalle.
Vien voir ses jeux et tout ce qu'ell’ appreste
Pour celebrer de ta grandeur la feste.
Facent les Cieulx que ta puissance greve
Si bien l'Anglois, que plus il ne releve :
Et que ton bras renvoye par deça
Le grand tresor qu'un Roy Jehan luy laissa.
S'ainsi advient j'animeray ta gloire,
Et publiray le gaing de ta victoire :
Faisant voler ton renom nompareil,
Où d'un plain saut le renaissant Soleil
Monte à cheval, et là où il attache
Ses las coursiers qu'aux fons des eaux il cache.
1 Nous remplaçons un point par une virgule.
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