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[François Girault]
Le voyage du landit. Avec la doctrine des Francoys, [Paris], s.n., [1530]





Ce texte peut-être attribué à un prénommé "François Girault" dont les nom et prénom sont présents à la fin du poème, en acrostiche (nous soulignons dans le texte). De ce piètre poète, qui semble avoir exercé son activité poétique autour des années 1530, nous ne connaissons aujourd'hui que trois textes.
Une intéressante chronique gargantuine (Sensuyt la grande et merveilleuse vie du trespuissant et redoubte Roy de Gargantua translatee de grec en latin et de latin en francois) qui se distingue des autres textes du corpus gargantuin par l'insertion de compositions poétiques au sein de la trame narrative et en transformant Gargantua en un "Roy" chrétien civilisateur.
Un assez long poème, bréviaire de morale chrétienne (Le moyen de soy enrichir profitable et utile a toutes gens. Compose par maistre Francoys Girault.) qui semble avoir rencontré un succès certain puisque nous en connaissons quatre impressions différentes et deux sous un titre nouveau dont le texte a subi d'importantes coupures (La maniere davoir de largent. Tresutille a toutes gens. Et pour viure vertueusement). Ces six éditions étant toutes conservés à la BnF ou dans le fonds Rothschild.
Enfin, un troisième texte, c'est celui qui nous transcrivons : Le voyage du landit.
Ces trois œuvres présentent toutes l’acrostiche "Francois Girault".

Nous suivons, pour l'établissement du texte, l'unique exemplaire connu de cette édition, conservé à la BnF : RES-YE-4066.





Le voyage du landit. Avec la do-
ctrine des Francoys.



Lors que venus cueurs amoureux Reveille
Homo quidam ung matin se leva
Car cupido luy soufloit en loreille
Dont zefirus tost en lair lesleva
Mais dieu Phebus par Rigueur lacusa
A ceres pource que champs gastoit
Qui me croiroit malfaicteurs on pendroit.

Dist otea certe je mesmerveille
De ce quidam qui tel mal trouve a
Le dieu bacus luy Randra la pareille
Car au retour je croy que yvre sera
Comment qui soit du tout le laisera
Dame Juno / qui alors le gardoit
Qui me croiroit malfaicteurs on pendroit.

Apres bacus eut Randu la pareille
Dame diane fort a luy se courcesa
Car laise a la chose non pareille
Cest chastete de laquelle y nusa
Car foliant belles plantes gastoit
Qui me croiroit malfaicteurs on pendroit

Prince puissant ou bonte nest pareille
Des devers nous fortune en bon endroit
Ce que je dis se nest point de merveille
Qui me croiroit malfaicteurs on pendroit.

¶ Le jour mesmes se quidam se leva
Et son chemin print devers le landit
Mais eut grand soif dont son cueur soupira
Grieve douleur / ainsy comme len dit.
Il est vray qui trouva bon credit
In mulieribus par nature
Car a bref mot ensemble luy on dit
Faulte dargent fait laiser la vesture.

¶ Apres se faict une plainne dordure
Luy demanda a vous Rien mon amy
Non dist il : cest maulvaise adventure.
Dist la dame / il viendra ennuy
Non non dist il malgre mon ennemy
About viendray de ce trop ne vous chaille
Trop batregrain faict en fin perdre paille

¶ Or tout fut faict bien apoint ne vous chaille
Car apres boyre le galant souspiroit
Quant veit venir ung tas de quoquinaille
Nul mot ne dist sy non fors qui bevroit
Or fut il mis en ung tres bons endroit
Car somme print ont tout son bien perdit
Tant qui peut dire soit tort ou droit
Quapres boyre ce fut faict au landit

¶ Quant le galant fut tres bien Reveille
Esbay fut bien de se veoir en parpoint
A ha dist il / on ma par dieu veille
Aviser fault1 mon chemin daultre point
Sus / sus perrette guillemette alison
Sautez dencez faictes le contrepoint
Da dirent il / souflez fort le tison
Pour bien atendre ung jour tout vient apoint.

¶ Entendre fault quil fut abandoune
Et demeura en parpoint & truandes
Dont Regardez pour ung plaisir doune
Quanfin advient demener ces tyrandes.

¶ Or cest assez il fut bien pormene
Tant quan lafin il demeura tout nu
Et ne luy ont aulcun bien ordonne
Mais delaise comme ung homme inconneu

¶ Sela pour vray ung jour est advenu
A ce landit mil cinq cens et xxx.
Ou daultres choses par effet ay conneu
Combatissoit de œuvre mechante.

¶ Le second point je vis casser un euf
Dans le coffin dune june affectee
Qui eust volu con en eust casse neuf
Car elle estoit pour le quas aprestee
Mais arriva une sy grant chartee
Dung tas de gens qui me firent partir
Car une en vis qui estoit eschaufee
Quant leure vient il est temps de partir.

1 Correction pour « fautl ».


¶ Or revenons2 a ce premier martir3
Lequel jay trouvez seur les champs4
Quant je fut prest de me partir
Devisant avec deulx marchans
Quils luy disoient gens sont meschans
Qui vous ont mis en tel estat
Assez souvant on veoir de tel marchans
Que quant diner veulent / na Rien au dist.

¶ Depuis il fut loge au plat
Dargent / degarny / mal enpoint
Pource je prie a tout estat
Que tel meschel nansuive point

¶ [...?...]
[...?...]
[...?...]
[...?...]

[...?...] veult
[...?...]

¶ [...?...]s esmeut
voul [...?...] quelque cautelle
Fuir [...?...]te mortelle
Vertu la [...?...]auste la meut
               Une putain.6

¶ Femmes qui sont messageres damours
Commettent cas vilains et execrables
Ils ont ung arc plus subtil que les diables
Quant privez sont en villes maisons tours
Aux amoureux font faire mains estours
Puis on les loge aux rancz des miserables
Femmes qui sont messagieres damours
Commectent cas vilains et execrables.

¶ Vers vous viendront en disant motz louables
Soyt Paris / Rouen / Lyon / ou Tours6
Ils ont ung art plus subtil que les dyables
Quant privez sont en villes maisons tours
Cest leur plaisir de jouer des fins tours
Apres quilz ont deceu dame [?]
Aux amoureux [font faire mains estours]
Puis on [les loge aux rancz des miserables]

¶ Commectant [cas vilains et execrables ?]
Femmes qui sont [messageres damours]
A vostre advis do[?]
Je dis quilz tromp[?]
Quant privez sont en [ville maisons tours]
Ilz ont ung art plus su[btil que les dyables]
Bigoterie est en leur rains [?]
Honneur est mis par parolles [?]
Puis on les loge aux rancz des [miserabl]es
Femmes qui sont messagieres damours.


        ¶ Instruction des francoys.

Francoys courtoys faictes de vous justice
Retournez vous au hault dieu tout puissant
Acomplissant toute vertu sans vice
Non regniant son sainct nom florissant
Congnoissez donc son nom obeissant
Ou aultrement vous estes tous destruytz
Je le vous dy / de ce suis congnoissant
Soyez courtoys et a tout bien instruicz.

Gouvernez vous selon droict et raison
Jugez en droict / delaissez mocquerie
Retournez vous a dieu par oraison
Abolissant orgueil et braguerie
Vous povez bien veoir la pillerie
Laboureux en sont tous destruictz
Tout dis pour vray sans mocquerie
Mais soyes donc a bien instruictz.

Grans et petis ce don en gre prenez
Joyeusement les faultes reprimez
Rongez ces motz en vostre entendement
A mon pouvoir je lay faict simplement
Vouant mon faict a dieu devotement
La je recours / en composant tout œuvre
Tenant en moy que sans luy nullement
Entendement choses offusque meure.

                ¶ Finis.

2 Nous corrigeons « revenos ».
3 Correction de « martier ».
4 Correction de « chomps ».
5 Ce passage du texte, qui nous donnait à lire les paroles d'une "putain", a été volontairement, nous semble-t-il, cancellé, ce qui a pour cause de rendre dix vers illisibles.
6 Nous rajoutons une majuscule pour « tours ».

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